
Mittérand, Chirac, Sarkozy, Hollande, tous pareils, suis-je tenté de dire.
Les flèches hollandiennes sur Kabila-fils se sont vite muées en boules de coton, tant le virage de la déclaration du président français est spectaculaire, pour ceux qui savent entendre entre les mots et lire entre les lignes. Mais, l’enjeu en valait la chandelle, et François Hollande a bel et bien fait le déplacement à Kinshasa pour participer au XIVème bal de la Francophonie. Si l’objectif de ce club est de promouvoir une langue, une culture et des traditions républicaines, la réalité concrète est tout autre. Cette organisation, au-delà de son essence impérialiste, se voit aujourd’hui comme un outil d’extension de la suprématie économico-politico-militaire de l’ancienne métropole. Mais, que dire du réceptacle ? Les « partenaires » africains constitués eux aussi en syndicat dont les principaux animateurs sont les plus « mal élus » du continent, ne jouent-ils pas un air favorable à la démarche d’accaparement de l’Afrique par la France? Ainsi, la politique qui consiste d’une part à exploiter économiquement tout en maintenant des dictatures en place reste le dénominateur commun entre les quatres derniers premiers français.
« Hollande dafa doon simb rek ! » dirons-nous en wolof (une des langues nationales du Sénégal). Pour signifier que le Président Hollande faisait du show (en jouant au faux-lion), mais ne croyait pas une seconde à ses critiques adressées au régime du dictateur congolais. Pour preuve, sa participation au sommet a été remarquée. Pourquoi s’auto-anesthésier de la sorte, si la France et Hollande n’avaient rien à gagner avec cette feinte ? En tout cas, c’est un vrai marigot de miel cette Afrique-là, pour que le Président français décide de revenir sur ses promesses de mise à mort de cette nébuleuse dont ses prédécesseurs ont été les grands artisans.
L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a subi beaucoup de mutations depuis sa création. Cependant, rien dans l’esprit n’a changé, depuis l’invention en 1880 du terme « francophonie » par le géographe français Onésime Reclus au Sommet de Québec en 2008. L’approche stratégique est la même, et la logique d’accaparement, plus prononcée. Le machin français pour la promotion de sa langue et sa culture ne cesse d’avaler de nouveaux membres sans aucune exigence linguistique. Aussi, son dynamisme réel montre-il qu’il constitue un levier essentiel dans le dispositif diplomatique de la France. Moult rencontres ont été organisées dans tous les domaines, à l’exception du secteur militaire. Rencontre des écrivains francophones (1926), conférence des ministres de l’éducation (1960), des universitaires (1961), des ministres de la jeunesse (1969), des ministres de la fonction publique (1971), des ministres de la coopération (1973), des ministres de la politique scientifique (1977), des ministres de l’artisanat (1978), des ministres de la justice (1980), des ministres de la Culture et de ceux en charge de l’Agriculture, la même année (1981), des ministres de la communication (1985), ministres de l’environnement (1991), des ministres chargés de l’Enfance (1993), des ministres chargés des inforoutes (1997), des ministres de l’économie et finances (1999). Tous les secteurs ont été revisités et réorganisés en fonction des intérêts de la France. Je ne serai personnellement pas étonné d’assister à la Conférence des ministres des forces armées de la Francophonie avant Dakar 2014 ou 2016, ce qui fera un beau retour en arrière. Cependant, on peut prendre le risque de me démentir en brandissant la déclaration de Saint-Boniface sur la « prévention des conflits », adoptée par l’OIF en mai 2006. François Hollande est arrivé au pouvoir dans un contexte particulier de turbulence de l’Afrique de l’Ouest avec comme pic, la crise malienne. L’Afrique de l’ouest développe des prémisses d’éloignement par rapport à Paris, avec en toile de fond le réveil brusque des réseaux dormants des états-majors islamistes. Il s’agit donc certainement pour le nouveau locataire de l’Élysée de mettre les bouchées doubles. Résultat des courses : en un temps record, l’équipe Hollande a complètement apprivoisé l’entièreté (diplomatique, politique, économique, monétaire et militaire) du levier Françafrique. Ainsi donc, il pourra, sans honte et sans même se pincer les narines, échanger des sourires avec Ali Bongo, Blaise Campaoré, Joseph Kabila et compagnie.
En tous les cas, dans cette affaire : un seul gagnant, la France ! Un unique perdant, le peuple d’Afrique.
Pour le reste, j’invite à la lecture de la lettre ouverte (https://lancepierre.wordpress.com/2011/12/18/loif-dangereux-instrument-de-la-francafrique/) que l’écrivain et professeur camerounais Patrice Nganang avait adressée à Abdou Diouf, secrétaire général de l’OIF, et dans laquelle il dénonce «l’implication directe de l’OIF dans le maintien de la tyrannie qui étrangle le Cameroun depuis 1984».
Lamine Aysa Fall Ndiaye
Coordonnateur du C.R.I.E
laminaysafaalnjaay@yahoo.fr