Thiès : Le grand vertige d’une alliance contre la République (Lamine Aysa FALL)

L’Alliance pour la République (APR), contrairement à ce que cherchent à faire croire certaines personnes, ne vogue pas en eau trouble. Mais, il est des moments où l’engagement citoyen des militants doit être de rigueur. Un groupuscule membre de l’APR à Thiès vient de se tirer une balle à la jambe gauche. Dans un hôtel de la place pris pour théâtre d’opération, des camarades de l’ancien ministre de l’Energie autours de quelques affidés ont préféré les invectives à la prospective. Que de paroles en l’air, que de menaces vaines! C’est une première esquisse d’une déflagration volontaire programmée qui propose de travailler à mettre en place un cadre largement fédérateur afin de contraindre le Président de la République à revoir sa stratégie de distribution des positions au niveau de la ville de Thiès. De fait, les intervenants qui ont pris la parole ont sacrifié plus ou moins au même triptyque : 1) dénonciation violente et parfois injurieuse de certains responsables dans la gestion des responsabilités ; 2) appel sans aucune forme de courtoisie au renforcement de certains responsables ; 3) appel à la construction d’une perspective politique au profit de la ville de Thiès. Tout cela devant un public très peu concerné et qui ne savait même pas pourquoi il était là. Cet auditoire concocté et mal briefé n’a rien de la foule des grands soirs qui venait répondre à la convocation du Ministre des Forces Armées dont la dernière en date est l’organisation de la coupe du maire à Fandéne, qui fait encore jaser les jaloux.
Depuis la veille des élections locales de 2014, le paysage politique thiessois est divisé en quatre groupes : ceux qui avaient osé fracturer impunément l’APR en créant des listes parallèles en 2014 ; ceux qui se réclament de la première heure, mais qui n’ont le contrôle d’aucune base politique ; ceux qui n’ont aucune ambition ni carrière politique à gérer, et qui monnayent leur « talent » au mieux disant ; ceux qui travaillent à la massification sans attendre rien de personne. Tous ont la particularité de revendiquer leur appartenance à ce dernier groupe, mais très peu satisfont aux critères de sélection, car force est de reconnaître qu’il n’est plus facile d’œuvrer en politique sans attendre un retour compensateur.
Au regard des conquêtes du parti et de son niveau de déploiement dans la cité du rail, la récente sortie de ces camarades sous le format « porter presse » aura le mérite de nous inviter à la réflexion. Si nous savons qu’à la suite d’Antonio GRAMSCI, qu’en politique les choses ne sont pas ce qu’elles sont, nous sommes en droit de nous poser au moins, deux interrogations : Qui sont-ils ? Que veulent-ils ?
Pour la première question, compte non tenu du fait que l’essentiel des orateurs assis au présidium auraient été les principaux animateurs de la mouvance fractionniste du 29 juin 2014, nous sommes tentés de croire que nous venons d’assister aux bégaiements d’une APR clonée qui cherche à se frayer une place au soleil. On sait qu’après avoir commis le péché de la cassure lors de la lutte des places au dernier Conseil municipal, la plupart de ces camarades auront tenté maladroitement un come-back au sein des cercles légaux et légitimes du parti, avec la même témérité. Nous ne voudrons pas donner l’impression de casser du sucre sur le dos de qui que ce soit, par conséquent, nous garderons la suite de nos idées sur cette question précise pour d’autres occasions.
Par rapport à la seconde interrogation, il est évident que l’après-législative avec sa conséquence inéluctable baptisé « DIONNE 2 » aura fait beaucoup de déceptions. Les frustrations accumulées et acceptées ont fini par exploser. Nous sommes à Thiès et tous les militants ont mouillé le maillot pour arracher le département des griffes d’Idy. Quoi de plus normal que de réclamer sa part de victoire, non pas en tant que « grands bandits », mais plutôt en tant que militant s’étant investi jusqu’au bout des ongles ? Cependant, pour cette fois-ci, l’objet de la revendication est de l’ordre de la rémunération et du retour sur investissement. C’est-à-dire que le niveau d’implication, de compromission et de promesse dans les échanges avec les populations est tel qu’après la victoire, ces dernières sont en droit de s’attendre à un minimum de prise en charge de leurs préoccupations les plus élémentaires. Et cela, malheureusement n’est pas dans les cordes de la plupart des camarades de terrain à Thiès. Pourtant, le résultat est bien là, enfoui dans la besace de la Coalition Bennoo Bokk Yaakaar qui a devancé Idrissa Seck son suivant immédiat et sa Coalition Mankoo Taxawu Sénégal de plus de 29.000 voix (contre 4 995 voix de différence, on se le rappelle en 2014 en faveur de l’ancien Maire de Thiès). Cependant, peut-on réellement appréhender la part de l’APR dans cet écart, pour que des militants puissent se dresser du jour au lendemain contre la logique de gestion du Président de Bennoo Bokk Yaakaar, à coup d’invectives et d’insultes ? Hélas ! L’injure est le dernier refuge des incapables. Il faut quand même savoir raison garder et s’armer de plus de retenue, car les autres composantes de la coalition, à longueur de quinquennat, étaient aussi sur le terrain.
Le problème avec ces groupuscules contestataires, c’est qu’au sortir de chaque élection, ils se retrouvent enserrés dans une logique gestionnaire forcément décevante de leur engagement politique. Ils ne se rendent pas compte de l’apport du groupe dans lequel ils ont évolué, comme ils ne s’apercevront pas que leur revendication légitime n’étant que la conséquence immédiate d’une désarticulation d’avec les luttes politiques intimes, internes, mais légales, ne s’accommode pas d’un surenchérissement dans l’entreprise communicationnelle. Nous avons bien dit surenchère ! Nous avons relevé quelques moments clés qui, au cours de cette honteuse sortie destinée juste « déshabiller Jean pour habiller Paul », ont particulièrement terni leur image « d’activiste », mais qui ne méritaient pas que l’on s’y attarde dans ces quelques notes. Encore une fois de plus, aucun leader sensé ne devrait revendiquer à lui seul « la victoire » de ces législative. Ce fut un dur labeur collectif et collégial de toute une équipe autour d’un discours de campagne exclusivement basé sur le bilan du Président Macky SALL. Les électeurs qui nous ont permis de remporter les deux sièges à l’Assemblée nationale, dans le département de Thiès ont voté pour permettre au Président de la République de poursuivre l’exécution de ses ambitieux projets en toute quiétude. Dès lors, rien ne changera le cours du quinquennat du Président Macky SALL. C’était cela la problématique de campagne, n’en déplaise à tous ceux qui ignorent la succession des saisons au-delà des tropiques. Ces camarades se font appeler « Printemps républicain » en automne. Ils se trompent en géophysique comme ils se gourent en politique. Ne savent-ils pas que le printemps est la première des quatre saisons de l’année dans les zones tempérées ? Il prend fin le 21 juin. Ce saut d’humeur pompeusement baptisé « mouvement » devrait plutôt s’appeler « l’automne républicain », saison succédant à l’été pour prendre fin le 21 décembre.
A vos manuels de géographie ! Prêt – lisez !

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