Il était une fois, l’homme qui parlait aux poissons…
Le Sénégalais tire sa première source de protéines du poisson, qui constitue le ciment de son alimentation, et occupe une place centrale dans sa nourriture. Cela positionne la pêche comme une activité fructueuse et très rentable depuis un certain nombre d’années. Mais aujourd’hui, avec le développement scientifique et technique favorisant l’expansion de la pêche industrielle et la surpêche, nous assistons à une raréfaction, sans précédent, des ressources de la mer. Ces problèmes, corrélés au réchauffement climatique cause de l’avancée de l’océan, ont amené les spécialistes du secteur à se pencher sur le devenir des « gens de la mer » au Sénégal.
C’est ainsi que la réflexion a abouti à une expérience inédite dans la partie sud du pays, à SEFA dans le département de SEDHIOU. Précisément dans le secteur aquacole, de gros efforts ont été déployés. Quatre-vingt (80) bassins aménagés et répartis en trois types, permettent de « cultiver du poisson ». D’abord, les bassins d’alevinage, qui sont au nombre de dix (10) reçoivent les alevins (larves de poissons). Chacun de ces bassins accueille dix mille (10 000) alevins. Ensuite, vingt (20) bassins de pré-grossissement destinés recevoir cinq mille (5 000) individus dont le poids individuel varie entre 5 et 40 grammes. Enfin, il y a les bassins de grossissement au nombre de cinquante (50) ayant chacun un volume de 50 m3. Un bassin de grossissement abrite entre 1500 et 3 000 poissons dont les poids varient entre 50 et 300 grammes.
Pour rappel, la production piscicole en 2017 qui était de 561 KG avait donné un chiffre d’affaire de neuf cent douze mille cinq cent (912 500) francs CFA. Dans cette production, cent quarante deux (142) kilogrammes de poissons ont été vendus à 2 000 FCFA le kilogramme et les 419 kilo restants écoulés à 1500 FCFA le kilo. Cette année, la production a atteint 4169,4 kilo vendus à raison de 1500 FCFA le kilo, soit un chiffre d’affaire 6.254.100 F
Ces performances sont réalisées par les Groupements d’Entrepreneurs Agricoles appelés GEA installés dans le domaine agricole. Chaque GEA a en charge huit (08) bassins : un bassin d’alevinage, deux bassins de pré-grossissement et cinq bassins de grossissement. A SEFA dans le secteur piscicole, il existe 10 GEA constitués majoritairement de femmes, composés de 10 membres chacun.
La lumière a jailli lors de la dernière visite du Président de la République dans le Domaine Agricole Communautaire de SEFA à Sédhiou, et a révélé à la face du pays, un homme de génie, Mamina DAFFE. Appelé par ses proches «l’HOMME-JËN » (en wolof «homme-poisson ») non pas par des qualités hors-pair de nageur, ni par son signe zodiac, mais plutôt, par sa maîtrise du monde aquatique, particulièrement des poissons. Le credo de cet homme est surtout de faire en sorte que le pêcheur devienne un entrepreneur aquacole, c’est-à-dire un exploitant des ressources halieutiques ayant la capacité d’en tirer les mêmes dividendes tout en restant sur le continent.
Nous nous souvenons encore de la chaude matinée d’un lundi 29 janvier 2018 à Saint-Louis, où des pêcheurs de la Langue de Barbarie ont fortement manifesté contre l’assassinat d’un compatriote par des garde-côtes mauritaniens. Nous passons volontairement sous silence les arrestations à répétition suivies d’emprisonnement de pêcheurs artisanaux sénégalais dans les eaux territoriales bissau-guinéennes. Fort de ce constat de délabrement progressif des conditions d’exercice du métier de pêcheur, Mamina DAFFE a voulu mettre son savoir-faire et sa connaissance du règne animal aquatique au service de son pays, et plus particulièrement dans les DAC. L’expérience qui a été lancée à SEFA demeure concluante, puisque l’exploitation aquacole promet déjà des lendemains meilleurs d’autosuffisance en poisson dans cette localité.
Selon le Coordonnateur du PRODAC, cette nouvelle approche développée par le PRODAC constitue non simplement une réponse au problème de la pêche artisanal et à l’immigration clandestine de nos jeunes, mais en plus elle est une voie royale pour atteindre l’autosuffisance en poisson, sans risquer sa vie en mer. Ainsi, faisant corps avec la vision du Chef de l’Etat, voilà ce que propose « l’homme-poisson » au moment où le rythme de prise de poissons est supérieur à la capacité de reconstitutions de certaines espèces.
Lamine NDIAYE Aysa FALL
Vice-président BBY- Thiès nord
lamineaysa@gmail.com