Rentrée scolaire 20/21: l’exigence d’une entrée par les prérequis

Au début du mois de juin dernier, après avoir salué la mobilisation des enseignants, le Président de la République avait indiqué toute sa détermination à gagner, avec les enseignants, le combat contre le coronavirus, « tout en assurant une éducation de qualité à nos enfants ». Il tenait ainsi à rendre, selon ses propres termes, « un hommage mérité aux enseignants, ces soldats du savoir qui ont accepté fièrement de monter en première ligne pour servir la Nation. » C’est dire donc que les efforts du personnel éducatif sont connus de tous.

Le démarrage de l’année 2020/2021 a été un peu singulier pour notre pays. La pré-rentrée fixée le 05 novembre 2020 (pour les enseignants et le personnel administratif) et la grande rentrée scolaire, le 12 novembre 2020 (pour les élèves), se sont bien déroulées dans l’ensemble, sur le plan national. A situation exceptionnelle, dispositions exceptionnelles! La décision du Ministre de l’Éducation de démarrer l’année scolaire 2020/ 2021 en ce début du mois de novembre est une excellente idée. Et la directive consistant à accorder tout un mois au rattrapage/renforcement/consolidation/remédiation des enseignements-apprentissages est le résultat d’un compromis à la hauteur de la maturité et de la maîtrise des enjeux du moment de la part de l’autorité. Et, la décision des écoles relevant l’enseignement privé d’exiger des parents, déjà trop sollicités, le paiement indu de trois mois de scolarité ne pourra pas altérer la sagesse de cette décision gouvernementale.

L’option officielle en faveur d’un mois de révision, assurément, a fait obstacle au décrochage scolaire programmé et donné un coup de frein à la déperdition potentielle liée aux effets de la Covid-19. Toutefois, la franchise intellectuelle recommande, en la circonstance, de relever que les enseignants l’ont toujours pratiqué : rien de nouveau sous le soleil. C’est une sorte de retour sur le « prérequis ». Il s’y agit bien entendu, d’une révision de l’ensemble des conditions préalablement nécessaires à l’acquisition des nouvelles connaissances. L’importance de ce choix réside dans la décision de le circonscrire dans le temps, pour indiquer que l’enseignant devra consacrer tout le mois de novembre à la révision des acquisitions antérieures. Parce qu’il faut une base solide pour bâtir quelque chose de durable, il faudra s’assurer que les objectifs spécifiques assignés à la classe précédente sont bel et bien atteints.

Dans des circonstances normales, la liberté et l’autonomie des écoles privées sont légitimes, puisqu’elles donnent un élan qualitatif à notre système éducatif. Mais, dans ces moments exceptionnels que nous avons vécus et continuons à vivre, cette liberté de prise de décision singulièrement solitaire devient une véritable source d’inégalité. Nous comprenons aisément tous ces parents qui se sont insurgés contre cette décision des écoles privées de leur faire payer trois mois pour lesquels, leurs garnements sont restés à la maison, sans cours en ligne pour autant qu’il existe un enseignement à distance. Ce semblant de « délinquance scolaire » est incitatif à l’abandon et c’est cela, dans une certaine mesure, que le ministre de l’Éducation combat en décidant de faire démarrer l’année scolaire par une révision à tous les niveaux des acquis.

Pour cette première rentrée scolaire après l’avènement du Coronavirus, l’enseignant est partagé entre rattrapage, consolidation, renforcement et remédiation. Mais, peut-il y avoir vraiment une frontière entre le rattrapage, le renforcement et la remédiation ?

Lorsque l’autorité en charge de l’éducation dans notre pays a fait savoir que cette année scolaire devra débuter par des cours de rattrapage durant le mois de novembre, certains ont crié à la perte de temps et au tâtonnement. De toute évidence, il s’agit là de personnes évoluant en dehors des frontières de la pédagogie et l’économie de l’éducation. Cette décision intervient en soutien aux efforts de l’Etat pour toujours juguler les effets pervers de la Covid-19 sur toutes les couches sociales, principalement les élèves dont le lien pédagogique a été fortement malmené, suite à la fermeture des établissements scolaires, décidée par les pouvoirs publics en riposte à la propagation de cette pandémie. Ainsi, la stratégie du rattrapage a été indiquée pour contourner le décrochage précoce, et permettre aux plus « faibles » de se mettre au niveau des plus « forts ». Il s’agissait de compenser rapidement les lacunes constatées. Cette stratégie pour être efficace sera associée à celle de la remédiation qui poursuit rapidement les mêmes buts. Dès lors, il faut comprendre que le rattrapage et la remédiation poursuivent le même but. Il s’agit, dans les deux cas, d’accompagner par des dispositifs variés, les apprenants en difficulté. Pourquoi donc la mise en avant de la stratégie du « rattrapage » plutôt que celle de la « remédiation » ?

Le mot « rattrapage » évoque un retard qu’il faut supprimer, un échec qu’il faut corriger. Il intègre l’idée d’une correction après coup, a posteriori. D’autre part, il ne considère qu’un seul facteur de la situation : l’élève

La remédiation est originellement un terme médical qui renvoie à un protocole : l’examen du malade, le diagnostic des symptômes, la détermination des causes, le pronostic de guérison. Or, c’est ce protocole qui intéresse le pédagogue lorsqu’il adopte la stratégie de la remédiation. Cette dernière est aussi une action préventive de l’échec en ce sens que le diagnostic intervient dès que les difficultés de l’apprentissage se manifestent. Elle est corrective puisqu’elle s’intéresse en profondeur aux causes (l’élève, l’école, l’environnement). La remédiation pédagogique indique l’ajustement du cours en fonction des difficultés des apprenants. C’est pour cette raison que la pédagogie moderne vise l’évaluation rapide et continue de ces difficultés et la diminution de celles-ci par le biais de compléments ou réajustements (les remédiations). Cette stratégie concerne alors tout ce qui est lié à la reprise de l’unité d’apprentissage reconnu comme non acquis lors de l’évaluation. Exemple : application du post-test, surtout en début d’année scolaire, en vigueur dans nos écoles depuis de nombreuses années. Ainsi, le rattrapage intervient comme une sorte de mise à niveau d’un élève ou d’un groupe d’élèves par rapport à un programme, un quantum horaire ou à d’autres élèves. La remédiation, le renforcement ou la consolidation concerne la mise à niveau de l’apprenant par rapport à ses lacunes.

Il est à noter que la remédiation vise une frange précise d’élèves. Elle s’adresse aux élèves en difficulté, puisque tous les enfants, pour des raisons différentes, risquent d’être à un moment ou à un autre, en difficulté scolaire.

Par ailleurs, nous savons de science certaine, que les enseignants sénégalais ne se sont jamais limiter à des séances de rattrapage. La stratégie du renforcement est également dans leurs cordes. Et cela, les associations de parents d’élèves (APE) le savent. Les parents appréhendent parfaitement la portée d’une telle stratégie. A coup sûr, la technique durenforcement pédagogique aura nécessairement une large place dans cette période destinée au rattrapage. Le renforcement est simplement destiné à influencer la probabilité de l’occurrence d’un comportement (réponse) dans une situation donnée. Cette situation étant ce qu’on appelle un stimulus. Le stimulus désigne toute cause externe ou interne capable de provoquer la réaction comportementale. Cela est nettement remarqué à travers le « conditionnement opérant » chez B. F. Skinner par exemple, avec le diptyque renforcement/punition. Le renforcement peut être positif lorsqu’il consiste à donner à l’apprenant un stimulus agréable, ce qui augmente la fréquence d’apparition d’un comportement. En revanche, le renforcement est dit négatif lorsqu’il permet de supprimer un stimulus désagréable ou douloureux.

Toutefois, le rattrapage comme la remédiation sont souvent complétés par la pratique du « soutien scolaire ». Cette stratégie se résume à une aide personnalisée apportée à des élèves qui en ont besoin, pour une durée sensiblement plus longue, complétant ainsi l’enseignement reçu dans le cadre scolaire officiel. Au sens large, le terme est également utilisé pour désigner l’accompagnement à la scolarité, c’est-à-dire une aide dispensée en dehors de l’école, sur le temps périscolaire, par des intervenants variés. Le soutien scolaire peut constituer en une simple aide aux devoirs pour aller jusqu’à une véritable remise à niveau, si nécessaire.

In fine, la rentrée scolaire du 05 novembre 2020 concernant toutes les structures publiques comme privées (du préscolaire à la formation professionnelle) aura été pour nos enseignants une occasion de démonstration de tout leur professionnalisme. Au delà de l’usage de stratégies standardisées éprouvées par l’expérience, notre école avait pris date avec l’histoire, en promettant de surmonter les ultimes obstacles scolaires de la pandémie du Coronavirus. L’objectif de toutes ces stratégies était de promouvoir une éducation de qualité, inclusive et équitable en phase avec l’objectif de Développement Durable (ODD 4).

Lamine Aysa

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