Porter l’alternance politique est un acte de courage, mais aussi un défi exposé à de multiples menaces. Le Président de la République BDDF et son Premier ministre Ousmane SONKO qui incarnent cette nouvelle alternance deviennent des cibles, vulnérable aux représailles et aux manœuvres déstabilisatrices. Les protéger, c’est préserver le choix du peuple, garantir la stabilité et assurer l’enracinement du changement démocratique. Les protéger, c’est aussi conduire la reddition des comptes et appliquer la justice dans toute sa rigueur, quoi qu’il en coûte, afin que « le permis d’insulter contre quatre sous et l’impunité » soit à jamais supprimé. Voilà ce qu’explore Samba ND. DIALLO dans cette page digne des grands auteurs.
« J’ai un fusil et un rameau d’olivier, faites en sorte que le rameau d’olivier ne me tombe pas d’entre les mains ! » (Yasser ARAFAT)
Liberté 007, le permis d’insulter !
Sous nos cieux, bientôt un hiver, deux hommes sortaient de prison. Ils y avaient été enfermés par un tyran, dont les habits que lui avait mis ce moindre mal nécessaire, la Démocratie (j’y reviendrai), n’allaient pas bien. Le temps qu’on les lui enleva, chacun d’entre nous ou presque, a versé qui des larmes, qui du sang. Pour d’autres, il n’en ont pas eu le temps ou la latitude : ils ont donné leur vie !
Ces deux hommes dont l’un est devenu le Président de la République, Chef de la Magistrature suprême et Chef suprême de la Magistrature et l’autre, le Premier ministre de la République, Chef du Gouvernement, ont en charge pour un temps, les destinées de notre nation. Eux non plus, n’ont pas été en reste ; ils ont payé à prix d’or leur liberté, leur bonheur et leur honneur, tellement trainés dans la boue qu’ils ont été ! Puis, forts de cette immense vigueur que donne la République y compris le mal qu’elle sait faire sans avoir de compte à rendre à personne, ils ont choisi, en hommes d’honneur, de ne pas organiser la vendetta. Depuis, nous nous sommes attelés, stoïquement, à panser nos plaies. Nous nous sommes occupés savamment à taire nos maux et nos mots amères, de peur de les désorienter du But car, nous sommes un Peuple, un But, une Foi.
Seulement, il y a un malaise, une impression que je suis quasiment sûr de ne pas porter seul. Ces deux hommes, surtout le second, ne sont pas suffisamment protégés. Je ne parle pas de sécurité. Je ne parle pas de la garantie de leur intégrité physique que leur doit l’Etat. Je veux faire allusion à la protection contre notre héritage de la tradition orale ; le verbe sous sa forme mielleuse comme sous sa forme vénéneuse. Le verbe, c’est notre plume à nous, la parole. C’est avec elle que nous épousons nos femmes et elles nous disent « oui » avec, c’est avec elle que nous nous en séparons. C’est avec elle que nous baptisons nos enfants. Nous faisons avec, nos communions, nos confirmations, nos sacrements, nos confessions. C’est avec elle que nous présentons nos morts à Dieu, avant de les porter en terre.
C’est avec la parole que nous contractons des dettes entre nous puis, en constatons le remboursement avec. C’est avec elle que nous engageons nos domestiques, nos maçons, nos plombiers, nos menuisiers, nos palefreniers, nos charpentiers, etc. C’est avec elle que ceux qui prient le font. C’est avec elle, hélas, que nous proférons insultes et avanies. Elle peut détruire des vies. Elle peut défaire des foyers. Elle peut conduire en prison. Elle peut aussi, ouvrir la porte de la fortune à un belligérant dont on a donné raison sur un autre.
Nous avons tous encore une souvenance vivace des corvées du Premier ministre alors opposant, lorsqu’il lui a été réclamé la rente la plus onéreuse de tous les temps, du fait de sa parole, pour laver l’honneur d’un ministre de la République. Nous ne pouvons pas oublier ce qu’il s’en est suivi. Pourtant, il fait toujours et tout le temps, l’objet d’insultes, d’invectives, de manque de révérence inexplicables et inadmissibles. Chaque jour, ceux qui étaient entretenus par l’Etat, naguère payés à ne rien faire, portent atteinte à son honneur. Il ne leur arrive rien de rien ! Ce sont ceux-là dont il a enlevé le pain de la bouche ; ce pain qu’ils obtenaient sans effort aucun, si ce n’est une proximité d’avec le prince d’alors dont ils chantaient les louanges contre le gîte et le couvert.
Jamais de mémoire, un Premier ministre n’a été aussi mal traité (et, fort heureusement), par un groupuscule qui ne paie pour son forfait qu’un billet aller-retour pour le Temple de Thémis, pour nous revenir toujours plus injuste, plus vaniteux, plus incivile ! Le Président de la République, c’est à peine qu’il lui reconnait ce statut, du bout des lèvres peut-on dire. Il peut le traiter de diseur de balivernes sans que rien ne survienne. Le Premier ministre lui, est responsable de la mort de leur cochon domestique qui avale fortuitement du poison trainant ici ou là. Il est traité tel un vulgaire délinquant saltimbanque, sans coup férir, parce qu’une interpellation pour deux jours de repos au violon est certainement un vil prix. Personne ne sait d’où viennent cette clémence, cette magnanimité saugrenues du Temple ! D’aucuns disent qu’il est désormais hanté par les histoires bourrues d’un passé récent dont les stigmates lui demeurent encore. D’autres, plus optimistes à raison ou à tort, pensent qu’il doit aussi être l’antre et le rempart de cette minorité acariâtre, dont la notoriété légale et électorale se limite et se sédimente aux alentours de 0 ou 1%. Elle s’exprime aussi sur quelques plateaux de télé-scoop ou dans ces officines installées au milieu de nulle part, qui servent de Webtélés et dont les animateurs qui connaissant à peine les quatre points cardinaux sont appelés « chroniqueurs ». Il suffit. Il suffit, parce que le revers de la médaille risque d’être hideuse et nous peinerons à le scruter.
Il faudra bien pourtant que s’exerce la Démocratie et elle ne se résume pas à une cacophonie d’idées. Elle n’est pas non plus une foire d’empoigne ou de haine viscérale que distillent les mauvais perdants à toute forme de suffrage, à qui mieux mieux. Elle ne peut constituer non plus, un espace où se meuvent, l’insulte à la bouche, des thuriféraires dont les maîtres, honteusement tapis dans l’ombre et qui doivent tout à la Démocratie, en sont les débirentiers : le permis d’insulter contre quatre sous et l’impunité !
Il faut appréhender cette haine de toutes nos forces, cette haine aux allures de pollen, façonnée en marge de la Démocratie et trainée jusqu’au-delà des limites de la liberté individuelle (c’est-à-dire là où commence celle des autres), par ceux qui en ont le plus bénéficié. Car, elle (cette haine), a de fortes ressemblances avec celle qui a conduit à l’acquittement de Raoul Vilain, le vilain assassin de Jean Jaurès, dont on a sanctifié le crime.
Samba Nd. Diallo
Conseiller technique, SOGEPA SN
Dakar, Sénégal