Il y aura la Potence tant qu’il y aura les offenses ! (Samba Nd Diallo[1])

Il y aura la Potence tant qu’il y aura les offenses ! (Samba Nd Diallo[1])

« La condition étant égale à tous, nul n’a le droit de la rendre onéreuse aux autres. » (Jean Jacques Rousseau, Du Contrat social, 1762)

La Liberté est une notion très galvaudée. Elle donne libre cours à la Démocratie (ce moindre mal), du moins dans son acception faite d’une cacophonie d’idées. D’elle, procède la symphonie comme la diaphonie, l’anarchie, l’ordre, la discorde, le désordre, etc… Elle met aussi la dissonance, dans les oreilles habituées aux voix monocordes. Mais, il est d’une candeur grotesque que de croire que la liberté permet de dire ou de faire tout et n’importe quoi. Car elle est, en tous les cas, tributaire de la responsabilité. Ensuite, elle embrasse la culture et s’embarrasse des us et coutumes d’une société, quelle qu’elle soit. Et d’ailleurs, est-ce pour nous, cette forme de liberté dont on parle tous les jours sans en connaître la signification ni le prix, encore moins la portée ?

Dans notre Charte fondamentale, « mère de toutes nos lois » il est dit : « Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser librement ses opinions par la parole, la plume, l’image, la marche pacifique, pourvu que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur et à la considération d’autrui, ni à l’ordre public. » (Article 10).

En d’autres termes, il faut comprendre que la liberté pour nous, s’arrête devant l’interdiction de porter « atteinte ni à l’honneur et à la considération d’autrui, ni à l’ordre publique. »

L’être humain est doté du verbe et de l’imagination. Il peut arriver dans beaucoup de circonstances, qu’il utilise l’un ou l’autre à ses fins, à bon escient ou non. Il peut faire du bruit avec le verbe. Il peut créer et exposer des situations qui n’existent que dans son imagination. L’un dans l’autre, il veut se faire entendre, d’une façon ou d’une autre. Peu importe la volonté de convaincre, celle de nuire prime sur tout, pour certains. Et ils ne jurent que sur la tête de leur première vérole, un peu comme Brel ! Car, ce sont des propos malsains et malveillants qu’ils répandent de-ci, de-là pour ternir la probité des bonnes gens. Puis, impudemment, ils se rétractent une fois confrontés à leurs inepties. Monsieur le procureur aura pris le nom des bavards !

Aussi, les manipulateurs s’enduisent-ils de duplicité. C’est leur masque préféré. Le législateur semble en être conscient, fort heureusement.

Dès lors, on ne peut pas se donner comme vocation d’insulter haut et fort tous les jours parce qu’on a perdu les élections. On ne peut pas se gargariser d’invectives et d’insanités tous les matins rien que pour pouvoir prendre son café favori : insulter le Premier ministre du Sénégal. On ne peut pas continuer de jeter l’opprobre sur les autres ni fomenter contre eux des histoires scabreuses, parce qu’on leur porte une haine viscérale qu’on peine à voiler, à justifier. On ne peut pas non plus, s’inscrire dans les livres du chômage et percevoir des allocations contre des offenses les plus infames sur la personne du Premier ministre du Sénégal, parce qu’on le déteste tripes et boyaux. Cette lâche oisiveté qui engraisse loubards, vantards et bavards ne doit pas prospérer, au regard de la Loi fondamentale. C’est une ritournelle qui nourrit aussi de sombres organisations de défense de l’indéfendable, aux théories aussi versatiles que le vent du Nord. On y voit ces hommes, ces femmes souvent sortis de nulle part, qui s’agitent pour peu que le vent souffle pour s’approprier la morale publique. Mais il faudra bien que la Potence serve de rempart contre les offenses, par la loi et rien que par la loi.

Revenons à la liberté comme pièce maîtresse pour que fonctionne la démocratie ! Celle-ci distille dans les mauvais esprits qu’ils peuvent tout se permettre, avec cette folie des libertins qu’« il est interdit d’interdire ». Il n’existe nulle part, la liberté de dire ou de faire n’importe quoi. Cette imagination rendrait caduque la volonté de la société  humaine, consensuelle et  continuelle de se doter de lois, de se dresser des limites contre elle-même. Sauf bien entendu, cette liberté d’indifférence qui habite l’enfant qui mord le sein qui le nourrit ; une sorte de libre arbitre. Il en est autrement pour ceux qui réfléchissent mieux que ce dernier. Car, ils  disposent du choix de bien agir ou de ne pas bien agir par rapport à l’ordre établi. Ils seront sanctifiés ou punis. Il ne leur est pas  donné la latitude de légitimer les actes qu’ils posent ; inclus ou exclus du carde de vie et des relations. La loi le fera à leur place.

Il n’est point besoin d’une forte intelligence pour comprendre que la déliquescence, en dehors de ces conditions, s’installera en lieu et place de l’ordre établi voire de la civilisation. C’est ainsi que l’on s’habitue à passer par la fenêtre par « nécessité » lorsque la porte est grande ouverte et continuer de penser que c’est une normalité. C’est une sorte de désensibilisation dont beaucoup ne sont pas bien conscients : normaliser ce qui ne l’est pas. C’est comme traiter le Président de la République de diseur de balivernes. C’est comme qualifier celui qui est à la fois, le Chef  de la Magistrature suprême et le Chef suprême de la Magistrature de… « gougnafier ». C’est aussi et malheureusement, comme reconnaître indifféremment qu’un juge acquitte facilement  un accusé poursuivi pour insultes offensantes au Président de la République et au Premier ministre puis, en condamne sévèrement un autre, pour le délit d’outrage à magistrat. Au-delà de la subjectivité corporatiste (tous les deux délits étant prévus et encadrés par la loi), c’est aussi une forme de déliquescence.

Or voici, semble-t-il, que l’on n’arrive pas à tropicaliser ces concepts venus d’ailleurs (Liberté, Démocratie etc.) et à les intérioriser pour en avoir une compréhension qui est nôtre ! Des élections se sont déroulées dans les règles et dans les conditions que nous nous sommes choisies. Tout le monde les a acceptées et reconnues, les vainqueurs comme les vaincus. Pourquoi donc devrions-nous concevoir parallèlement une liberté qui devrait permettre à ces derniers (derniers au propre comme au figuré), de continuer dans la défiance et la contestation du pouvoir de la majorité issu des urnes ? Pourquoi devrait-on raffistoler nos lois de sorte qu’elles ne punissent plus ceux qui dévoient, rien que par le tintamarre de ceux qui n’ont rien à faire, mauvais perdants de surcroît ? La liberté de dévoyer n’est-elle pas sanctionnée par celle de sévir avec le devoir légal de le faire, dans tous les pays civilisés ?

Porter atteinte à l’honneur d’autrui ne constitue et ne peut constituer un acquis de liberté. L’honorabilité des autorités que nous avons portées au pouvoir n’est pas monnayable par le « libertinage intellectuel » de certains prétentieux, y compris ceux-là qui veulent porter le monopole de la vertu. Autant la liberté de s’opposer ne peut être compromise, autant elle ne peut s’exercer en marge de la loi. Elle ne s’apparente pas non plus aux habitudes et caractéristiques de la pie bavarde. Les opposants ainsi habitués et caractérisés vont  piailler, voire installer volontairement une nuisance sonore inopportune et inappropriée. Ils pinaillent aussi, parce que ceux dont ils dénoncent la façon de gouverner ont le mandat du Peuple pour ainsi le faire. Et puis, quoi encore ?

Le stratagème pourrait être pour eux de choisir de remplir les prisons de par leurs propres turpitudes pour que du dehors, maîtres chanteurs et thuriféraires s’imaginent se dresser contre des lois liberticides. C’est une imagination. Elle est et elle reste chimérique. La volonté de la loi sera faite.

Enfin, dans une culture profondément soucieuse des bienséances, dont le respect des anciens et celui de l’Autorité quelle que soit la personne qui l’incarne, la liberté ne permet que d’être honni et puni lorsque qu’on enfreint ces lisières traditionnelles.

Les faire-valoir continueront leur besogne, les lois aussi.


[1] Conseiller technique SOGEPA SN, Dakar – Sénégal

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