« Nous y prenions place pour écouter. Mais, quiconque prête l’oreille maintenant, trouve contre lui un bolide aux aguets » (Coran, 72 : 9, Les Djinns)
Et les vendeurs de verbe et de balivernes se sont tus. Leurs sources ont tari, ou sont devenues lointaines voire incertaines. Ils vont être contraints à changer de métier, mais le recyclage ne sied pas à tous. C’est un exercice difficile. Les recalés résistent, en vain. Ils divaguent. Ils suffoquent, perdus dans les dédales du déni. Ils font de la sérénade sur la place publique à leurs heures perdues, avec des chansons de leur invention, avec des invectives aussi. Ils n’ont plus cette prolixité pour flouer la raison aux autres, car sans idées ni arguments. Par moment, ils rugissent ensemble. Puis, ils s’apaisent ensemble, tels les fauves dans la faune. Ils hument ensemble le mauvais air fétide de la mauvaise foi. Ils font ensemble les mêmes malaises. Ils en sont venus à approuver ce qu’ils réprouvèrent naguère. Ce sont des pantins, ne vivant que de leurs piteuses imaginations. C’est pourquoi, ils entendront ce que nous ne pouvons entendre. Ils verront ce que nous ne pouvons voir. Ils verront des drones à la place des fusils entre les mains de nos boucaniers, comme hauteurs de la mort de nos martyrs. Et ils finissent par croire en leurs propres menteries. Ils sont de la presse. Ils sont de la scène politique. Ils sont ceux qui ne comprennent toujours pas qu’ils ont été vaincus et qu’ils ne représentent qu’une partie aux alentours de zéro pour cent, dans les esprits qui choisissent. Ils sont autres, ils sont ailleurs…
Sur une annonce de vente publique aux enchères de l’Office Nationale de Recouvrement des Avoirs Criminels (ONRAC), parue dans le journal « Le Soleil » numéro 16591 de ce jour, mercredi 24 septembre 2025 on peut lire à la page 8 :
« Vente publique aux enchères, le mardi 30 septembre 2025 et les jours suivants, à partir de 9H30.
- Un cheptel de quinze (15) moutons et de la volaille dont sept (07) coqs, treize (13) poules, quatre (04) dindons et une (01) dinde, seront mis en vente au Commissariat d’arrondissement de Thiaroye
- Dix (10) sacs de sucre de cinquante (50) kilogrammes, une (01) charrette et un (01) cheval, seront mis en vente à la brigade de gendarmerie de Joal. »
Et patati et patata… Excusez quand même la publicité !
Du menu fretin. On peut dire cela dans un pays où un troubadour a pris la clé des champs, hier. Il est recherché aujourd’hui (on ne sait pas trop comment), après avoir été débarqué (dit-on) de son avion en partance pour Paris, la veille. Aujourd’hui, il s’annonce à l’hexagone, contre toute attente. Peut-être, serait-il à Banjul ou même à Nouakchott ? En tous les cas, sa désertion est confirmée. Il serait trempé dans une affaire de… « Blanchiment d’argent, d’association de malfaiteurs et machins…» pour 21 milliards de Francs CFA. Il finissait de nous pomper l’air à coup de fariboles et de Tweets.
Du menu fretin, dans un pays où des brigands milliardaires qui n’y ont pas créé un seul emploi de palefrenier, font des pieds et des mains pour sortir de prison. Ils en sortiront par le seing de ceux qui ont prêté le serment d’Hippocrate. Ils en sortiront par une partie de leur butin qu’ils voudront mettre en gage pour sortir de cage. Ils en sortiront, de toute façon. Il faudra bien que leur butin serve à quelque chose. Ils vont nous narguer. Ils vont dépenser leur argent sans compter. Leurs griots chanteront leurs louanges ; une façon de faire semblant de croire pouvoir changer l’Histoire ou son cours. Ils auront réussi, dira-t-on !
La définition de ce qu’est la réussite ou l’ascension sociale chez nous, est une sorte de dichotomie entre être riche ou être pauvre ; peu importe comment on devient riche. Ceux qui le sont, prennent leurs richesses pour la plupart, de la politique donc, des biens publics auxquels ils ont accès de par leurs positions. Nul d’entre eux n’a bénéficié d’un héritage conséquent sur les deux ou trois décades précédentes ! Cette forme d’enrichissement n’offre aucune différence entre le vol et le brigandage. Et ils ne sortiront pas de prison couverts de honte. Des gens auront fait des marches publiques et du tintamarre en tout genre, pour qu’ils en sortent. Cela pose donc problème lorsque notre société voue un respect indescriptible et une rare servilité à ces bandits richissimes par le vol. L’acceptation et l’adulation de cette infamie est déconcertante lorsqu’elle est érigée en normalité, en exemple à suivre par d’autres.
Du menu fretin, dans un pays où, selon la Cour des Comptes, 141,8 milliards de Francs CFA de dépôts à terme (DAT) ont été subtilisés par des voleurs à cols blancs qui ont appris leur art à l’école, où ils sortent avec la qualité de « Haut Fonctionnaire ». Ils n’ont eu donc aucune peine à installer un système parallèle de gestion des finances publiques, de connivence et d’expérience. Parce que les corps solubles se confondent ; c’est la notion du mélange homogène. Et les voleurs se valent !
Notre pays s’est pourtant bien doté du cadre juridique pour geler leurs avoirs. Mais que diantre attendent donc nos autorités pour le faire ? Ce sera au moins une sorte de garrot, comme on en fait avec le venin du serpent pour qu’il ne se propage pas dans le corps.
Il faut donc continuer dans notre pays, de vendre des coqs, des poules, des dindes et dindons pour renflouer nos caisses après le casse, pendant que 7 122 abris provisoires sont comptés dans nos écoles. Ce sont ces sortes de salles de classes en milieu rural, faites de matériaux rudimentaires et du fond desquelles, peuvent sugir quelques fois en plein cours, un lézard, un serpent ou un scorpion… C’est un avant-dernier sacrifice pour que nos enfants s’instruisent. Une salle de classe coûtant moins de cinq (05) millions de Francs CFA, est facturée à dix (10), c’est le phénomène de surfacturation. Un autre accusé de cet exercice de voyou vient de sortir de prison !
Deux milliardaires inculpés pour blanchiment d’argent, association de malfaiteurs, détournement de deniers publics, etc. ont proposé à eux deux et en une journée, près de cinq centaines de milliards de Francs CFA. Ils voulaient juste racheter leur liberté satanique, pour humer l’air et continuer d’exercer leur métier : voler, escroquer, receler…
Il va arriver, on le souhaite, la fin de cette relation ludique que certains ont noué avec l’argent et les biens publics. La condition sine qua non restera la rigueur dans l’application des lois et règlements. L’on pourrait espérer construire une Administration daltonienne (entendez qui ne distingue pas les couleurs) ; le seul mal qu’elle peut traîner sans en mourir et ne s’en porter que mieux. Et il n’y aura pas ce troc malsain de rachat de la liberté pour les héritiers contre la prison pour les héréditaires et les faire-valoir !
Au-delà et auparavant, il y a les rudiments comportementaux de tous et de chacun qu’il faut amender par tous les moyens nécessaires. Pour ce faire, ne suffiront ni le Président de la République ni le Premier ministre encore moins le ministre de l’Intérieur, quelque rigoureux qu’ils puissent paraître. Parce qu’il faudra bien revisiter l’acception que notre société s’est faite de la réussite. Car, celle-ci est tronquée par cette maladie dont elle souffre et contre laquelle, elle ne cherche aucun remède, parce que normalisée par cette sorte de pouvoir de conviction qu’elle en a, un peu comme diraient les psychologues.
Cette anomalie sociétale voire institutionnelle, a modifié les consciences et les limites de l’intelligence sociale de tous ceux qui pensent que la voie la plus pratique pour une certaine « réussite », c’est de faire de la politique. C’est d’accéder à des positions qui donnent les possibilités de détourner les fonds publics de leurs objectifs intrinsèques dans un pays pauvre, comme dans tout pays d’ailleurs !
Parallèlement, ceux qui n’ont pas accès à cette forme d’ « intellect » prennent le large. Puis, ils vont échouer sur les rives de la méditerranée qu’ils vont noircir de leurs cadavres tombés de pirogues de fortune à bord desquelles, ils embarquent de désespoir et, d’espoir pour rejoindre les « paradis » d’Europe. Ils périssent le plus souvent pour certains dans le désert du Sahara, auparavant. Et, pour d’autres, s’ils ne périssent pas, ils y redeviennent esclaves et vendus aux enchères dans les foires, rappelant les pratiques d’antan, à l’époque de l’esclavage.
Et si l’on filait du mauvais coton, tous ?