« On ne peut pas libérer un peuple en remplaçant un colon étranger par un colon de la même couleur. » (Thomas Sankara)
À l’image de l’Autrichien Kurt Waldheim, ancien Secrétaire général de l’ONU rattrapé par son passé, Macky Sall semble vouloir troquer ses échecs nationaux contre une rédemption internationale. Mais, la diplomatie mondiale, mémoire longue des fautes politiques, ne se laisse pas abuser. Derrière les sourires et les chaudes accolades des chancelleries se cache une vérité crue : les grandes puissances n’investissent plus dans les présidents déchus.

Ces dernières ne misent plus sur les présidents déchus parce que l’époque du recyclage diplomatique est révolue. Dans un monde hyper médiatisé, la réputation pèse plus que l’alliance. Un éventuel soutien à un dirigeant discrédité serait enceint risquer un scandale moral et une perte de crédibilité. Les opinions publiques, les ONG et les médias traquent désormais les fautes politiques et les violations des droits humains. Les grandes démocraties influentes préfèrent miser sur des profils éthiques, techniques et symboliquement propres, capables d’incarner la modernité et la transparence. Dans la diplomatie contemporaine, l’image est devenue une arme, et les anciens autocrates, des fardeaux.
Nous verrons dans ce qui suit les enseignements tirés du cas Waldheim, ensuite le legs du Président Macky Sall à son peuple, et enfin nous tenterons d’apporter une réponse à la question pourquoi les grandes puissances ne miseront jamais sur Macky Sall.
En 1986, le monde découvrait avec stupeur qu’un ancien Secrétaire général de l’ONU, Kurt Waldheim, avait dissimulé son rôle dans les services nazis durant la Seconde Guerre mondiale. L’Autriche, croyant couronner un diplomate d’exception, élisait un homme dont le passé nazi allait devenir un fardeau pour toute la nation. Isolé, interdit de séjour dans plusieurs pays, Waldheim incarna la chute brutale d’un diplomate que l’histoire avait rattrapé.
Cette « jurisprudence Waldheim » illustre un principe fondamental de la politique internationale. Le passé finit toujours par refaire surface, surtout quand il sent mauvais. Les puissances ne pardonnent pas les fautes morales, elles les dissimulent tant que cela sert leurs intérêts, puis les révèlent quand elles deviennent encombrantes.
Aujourd’hui, l’ombre de Waldheim plane sur un autre homme, Macky Sall, ancien Président du Sénégal, dont le clan rêve de lui trouver un destin onusien. L’ancien chef d’État, après avoir quitté le pouvoir sous la pression populaire et diplomatique, semble chercher une nouvelle légitimité à l’échelle mondiale. Il en a même fait la déclaration récemment sur la chaîne YouTube « H5 Motivation ». Cependant, comme pour Waldheim, le vernis du « diplomate expérimenté » risque de se fissurer au contact de ses propres casseroles.
La scène internationale est cruelle. Les ambitions diplomatiques ne se lavent pas à l’eau de rose, mais au savon de la mémoire. Et cette mémoire-là est tenace, surtout quand elle sent la répression, la dette (même non cachée) et les illusions perdues.
Sous Macky Sall, le Sénégal aura vécu l’une des périodes les plus paradoxales de son histoire récente : une modernisation de façade et une dégradation de fond. Les stades, les pistes de désenclavement, les quelques autoponts enjambant des routes, la nouvelle ville de Diamniadio, toutes ces infrastructures ont fait illusion, mais derrière les tours et les rubans inauguraux, l’économie s’est effondrée sous le poids d’une dette incontrôlée. Les fameuses « dettes cachées », contractées dans l’opacité, ont grevé les finances publiques et menotté l’avenir des générations futures. Nous parlons bien sûr de ces dettes dont les fruits sont passés en dehors des circuits traditionnels du Trésor public et de l’assemblée nationale : de tous ces milliards virés directement dans des banques privées.
L’échec est aussi moral. Le régime Sall a brillé par sa capacité à travestir le droit en instrument politique. Les arrestations arbitraires, la manipulation des juges, la mise à mort de la liberté d’expression et les violences policières contre les jeunes manifestants resteront comme les stigmates d’un pouvoir autoritaire dans un pays qui se voulait modèle de démocratie.
Les grandes puissances ont observé ce glissement avec un mélange de gêne et de calcul. Les rapports d’Amnesty International, de Human Rights Watch, de l’Union européenne ou du Département d’État américain ne laissent aucun doute, le Sénégal de Macky Sall avait basculé dans la répression. Or, dans le grand théâtre onusien, les décorations et les discours ne suffisent pas. Il faut une crédibilité morale, un capital d’exemplarité, une cohérence entre la parole et les actes. Macky Sall a définitivement perdu ce capital au crépuscule de sa gouvernance. L’homme qui parlait jadis d’État de droit a fini par symboliser le règne de la peur et de la dette. Et lorsqu’un ancien président quitte le pouvoir avec pour héritage un peuple divisé, des finances exsangues et une jeunesse humiliée, prête à braver les houles assassines de l’Atlantique, il ne peut plus prétendre incarner les idéaux universels de l’ONU.
Les diplomates ne s’y trompent pas, un candidat encombré de cadavres politiques et économiques n’est pas un homme d’État. C’est un risque réputationnel. Et à l’ONU, le risque réputationnel est la pire des condamnations.
Le camp de l’ancien président sénégalais cultive l’illusion d’un Macky Sall respecté, toujours en odeur de sainteté avec les grandes puissances. Cette lecture est fausse. La diplomatie occidentale est cynique, mesquine, mais pas suicidaire. Elle ne soutiendra pas ceux qu’elle ne peut plus défendre sans se salir.
Les États-Unis, la France, l’Union européenne, même la Banque mondiale, ont tous pris leurs distances. Les signaux sont visibles : fin des invitations officielles, silences prolongés, absence de relais médiatiques internationaux. A coup sûr, ce n’est pas l’activation d’un Sur pour assurer sa défense qui nous démentira. En diplomatie, le silence vaut parfois plus qu’une sanction. C’est un désaveu poli, mais irréversible.
Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui des années 1990 où l’on recyclait les anciens dirigeants africains dans les instances internationales pour solder des amitiés postcoloniales. L’ONU est désormais en quête de visages propres, de profils techniques, éthiques, capables d’incarner un multilatéralisme crédible dans un monde en crise. Macky Sall ne remplit aucun de ces critères. Il est perçu comme un président qui a régné par la peur, gouverné par la dette et quitté le pouvoir sous la contrainte. Même ses soutiens d’hier (à Paris, à Washington ou à Bruxelles) savent que le « modèle sénégalais » s’est effondré avec lui. Bien sûr, ils lui doivent des sourires diplomatiques, mais pas un destin international.
Et puis il y a cette jurisprudence, toujours la même : celle de Waldheim. L’ONU, échaudée par cette erreur historique, ne prendra plus jamais le risque de confier son image à un homme contesté, lesté de controverses nationales. Un soutien à Macky Sall reviendrait à rallumer le spectre du double discours : prêcher les droits humains tout en promouvant un dirigeant accusé de les avoir bafoués. Ce serait suicidaire pour la crédibilité même de l’institution.
Macky Sall, dans sa quête d’immortalité diplomatique, semble oublier une vérité fondamentale : la diplomatie mondiale n’a pas de place pour les hommes au passé trouble. Les puissances mondiales ne parrainent pas la réhabilitation des déchus, elles en tirent des leçons.
En définitive, la jurisprudence Waldheim est plus qu’un souvenir. Elle est une mise en garde. Elle rappelle que la respectabilité internationale ne se décrète pas, elle se mérite. Macky Sall peut bien multiplier les voyages, les conférences et les entretiens avec des think tanks complaisants, mais le verdict de l’histoire est déjà écrit.
Les grandes puissances ne soutiendront pas celui dont le bilan économique a plongé son pays dans la dette, dont le mandat a fracturé sa jeunesse, et dont la gouvernance a terni l’image d’une démocratie jadis exemplaire. Et comme Waldheim, il découvrira que la diplomatie mondiale a la mémoire longue et l’éthique sélective, elle oublie les alliés inutiles, mais n’efface jamais les fautes impardonnables.
L’histoire est parfois cruelle, mais elle est juste. Les peuples pardonnent les erreurs, mais jamais les trahisons. Et c’est sans doute là que s’achèvera la tentation waldheimienne de Macky Sall, dans le silence diplomatique, là où se consument les ambitions déchues.
* Président ARCHE/ YOON Wi