« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance »
(Abraham Lincoln)
Des troubles à n’en finir à l’Université, ce temple de contestations en tout genre. A l’origine, la généralisation des bourses. Un geste d’un régime démagogue et populiste jusqu’à la moelle qui se disait libéral. Un paradoxe de plus dans un pays de paradoxe, cela passe inaperçu. C’était l’œuvre d’un certain Ablaye Wade, alors président du Sénégal et dont l’élection fut le véritable Bug de l’an 2000 ! Il savait pourtant, avec certitude, que son « projet » n’était pas soutenable ; ni par l’Etat ni dans le temps par la croissance du nombre bénéficiaire ni par aucune logique économique, ou sérieuse tout court… Un magicien de la chimère qui a fait son temps, fort heureusement !

Depuis lors, les régimes successifs ont rafistolé, inventé, concocté ou imaginé tout, sauf la réforme rigoureuse d’un système hasardeux aux relents d’aberration. Aucune Université sérieuse au monde ne fonctionne comme les nôtres ! La volonté politique est ailleurs. C’est pourquoi, je rappelais il a peu dans un article précédent paru sur Walf Quotidien le 12 janvier 2026, que « l’Université est en ébullition […] La solution sera ponctuelle, le problème différé. Il se posera de nouveau, bientôt. Les conditions objectives sont réunies pour que cela ne change pas. Aucune volonté ne daignent encore les bouleverser. »
Aujourd’hui, nous y sommes ! Des étudiants ayant raté leur session qu’ils ont pu rattraper par repêchage (la reprise de modules objets d’insuffisance), ont demandé un rappel immédiat de la bourse sur la période de latence ; une prime à l’échec en quelque sorte. Ceci est un résumé. Dans une université où le cycle académique des études a cessé d’être régulier depuis belle lurette, les budgets congrus, c’est quand même trop demander. Ensuite, puisque la solution n’est pas venue de là où ils l’attendaient, ils ont mis en branle leur sempiternel mécanisme de sortie de crise lorsque le pécule n’est pas au rendez-vous : manger au restau universitaire sans payer ! Bien que cette fois-ci, il ait été bien payé. Or, ceci est un abus, un excès que la violence des hommes en uniforme est venue amplifier. Un étudiant est mort. On va chercher son meurtrier quelques jours puis, on passera à autre chose, comme d’habitude. Et comme d’habitude, on va pointer du doigt les hommes en uniforme, dont les rangs ne s’effritent jamais pour faire voir le coupable. Les hommes en uniformes !
Ils peuvent nous saisir, nous rouer de coups, nous tuer, sans avoir de compte à rendre à personne, sans avoir d’excuses à présenter à personne… un peu comme disait Aimé Césaire.
Il y a trois ans à peine, on a vu un homme en uniforme viser la tête d’un jeune garçon puis, tel un chasseur, l’a abattu en plein jour. Il s’était drapé d’un fanion, il manifestait sa colère, il protestait avec d’autres, contre les dérives de l’ancien régime. On connait tous l’histoire. Il ne lui est rien arrivé jusque-là, cet homme en uniforme ! Il continue de vaquer à ses occupations. Il continue d’être avec sa famille. Il continue d’être avec ses enfants et, peut-être bien, de les conduire à l’école. Il continue d’arborer fièrement son uniforme, son permis de tuer…
Il n’y a donc aucune raison objective pour qu’un autre, pour que d’autres ne recommencent pas ! Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et la cause première, c’est le manque de rigueur, de sanction. La dernière fois que les hommes en uniforme ont pris un être humain pour en faire un bouclier contre les jets de pierres, le Chef de l’Etat a vu les images comme tout le monde. De retour d’un voyage, il s’est indigné depuis l’aéroport. D’un air grave, il a indiqué que les responsabilités seront situées, que des sanctions exemplaires allaient être prises…
C’était comme hier aussi, avec le bateau Le Joola qui achaviré avec près de deux mille personnes, toutes mortes ! Il aura fait autant de victimes que le Titanic. Rien. Rien de rien. Aucun responsable. Aucun coupable. Aucune sanction. Personne n’est allé en prison ! Les près de deux mille personnes sont mortes, pour rien. Alors pourquoi pas, quelques années plus tard, neuf (09) « talibés »* brûlés vifs dans un Daara* à la Médina ? Pourquoi pas, onze (11) bébés cramés dans une crèche à Tivawone et quatre (04) autres à Louga ? Pourquoi pas, une centaine de morts dans les manifestations entre 2021 et 2024 ? Et pourquoi pas, en fin de compte, ne pas laisser nos enfants emprisonnés au royaume du couchant et venir fêter ?
Bon, on pardonne par-ci, on absout par-là ! C’est un pays où le venin est dans le sourire et la rigueur du garrot est inexistante. On va tous mourir, de notre propre venin…
Qu’est-ce qu’il faudrait donc comprendre pour que dans une révolution bientôt vieille de deux ans, l’on ne puisse rien réformer, que l’on ne puisse bouleverser ni changer aucune mauvaise pratique ? Que faut-il encore comme contingence, pour qu’il soit policé et les esprits et les comportements ?
La réponse à ces questions ne sera pas digitale, parce que l’intelligence artificielle ne s’est faite ni avec les mauvais esprits ni avec les mauvaises habitudes. Elle n’est pas non plus (cette réponse), dans les déclarations politiques. Et d’ailleurs, je n’attends pas grand-chose du communiqué du Gouvernement, cette ritournelle habituellement approximative et indigeste. Je n’aime pas les rediffusions, non plus. Car, ceux qui parlent de dialogue se sont trompés de sujet. Le seul dialogue qui vaille s’est déjà tenu le dimanche 24 mars 2024 du matin au soir et à l’issue duquel, plus de 54% d’entre nous ont adopté la rupture systémique comme mode de gouvernance désormais. Dès lors, tout autre courant, de quelque bord qu’il vienne, constitue un acte de défiance à la République, à la volonté populaire et au système démocratique que nous nous sommes choisis de par notre Charte fondamentale.
Le mécanisme démocratique d’opposition aux politiques publiques, offert à la minorité ne fonctionne pas, ou du moins ne lui sied pas du tout. Par contre, l’opposition contre la personne du Premier ministre du Sénégal fonctionne tant et si bien qu’elle n’apporte aucune proposition sérieuse.
L’Assemblée nationale, dont le président semble confondre priorités, rôle et préséance, est devenue l’Institution la plus superflue de la République. C’est une grosse machine à sous, qui sauve des intérêts prébendiers, qui paient des gens à ne rien faire. Elle sert aussi à perdre le temps pour qu’on oublie, le temps qu’elle s’attèle lentement, à juste rendre justiciables les bandits de grands chemins qu’on lui présentera à compte-goutte et dont elle a recouvert de son manteau de l’immunité. C’est une carapace contre laquelle se heurte toute forme de justice. On peut lui demander de mieux faire et de mieux être.
Le Temple est magnanime. Il juge et condamne ceux qui prennent deux brebis ou trois poules à autrui. Il laisse partir allègrement après un jugement sommaire, les brigands qui ont pillé nos trésors. Il embastille ceux qui fument le calumet prohibé de la distraction, contre peines et douleurs. On ne peut rien lui demander. Il ne peut pas mieux faire. Il ne peut pas mieux être, sauf si le vent de la réforme sifflait si fort qu’il ne tienne plus debout. Il faut juste lui rappeler, entretemps, que l’injustice est la seule violence qui vaille d’être ainsi appelée.
Et lorsqu’un jour me fera cueillir monsieur le procureur, je lui dirai que je ne fais que décrire ce que nous voyons ensemble, tous les jours…
Samba Nd. Diallo
Dakar- Sénégal
*Talibés est le nom donné aux disciples des écoles coraniques traditionnelles
*Daara : école coranique