Depuis 2024, des politiciens proches de l’ancien régime ont commencé à prêter au Président Macky Sall l’intention de briguer le poste de Secrétaire général des Nations unies. Ainsi, progressant de façon perlée, la rumeur persistante devenue plus audible a été finalement confirmée par la transmission de sa candidature à l’ONU par le président Ndayishimiye du Burundi.

Commencer ce texte en précisant que notre amour pour le Sénégal reste le plus beau et le plus noble des sentiments que nous n’a jamais eu en tant que citoyen serait presque superflu. Pour nous Sénégalais, cet attachement est profond et nourri par l’histoire, par la fierté d’une nation longtemps considérée comme un modèle de stabilité et de vitalité démocratique en Afrique. Et pourtant, l’amour de la patrie ne doit jamais se confondre avec l’aveuglement. Le véritable patriotisme exige au contraire lucidité et responsabilité. Il suppose alors, la capacité d’examiner avec rigueur les choix faits au nom de la nation, sans se laisser guider uniquement par l’émotion.
Dans un monde régi par des rapports de force complexes, la diplomatie internationale obéit à des logiques souvent froides et stratégiques. Les grandes organisations multilatérales, comme l’Organisation des Nations unies, ne fonctionnent pas sur la base des élans patriotiques, mais sur des équilibres géopolitiques et des compromis entre puissances.
C’est dans un esprit de patriotisme lucide et responsable qu’il convient d’examiner la candidature de Macky Sall à la succession d’António Guterres. Loin des passions partisanes, cette question, qui alimente les débats dans le landerneau politique, mérite d’être posée avec sérénité : quelles sont réellement les chances d’une telle ambition dans le contexte international actuel ?
Tout d’abord, il faut noter que la géopolitique du système onusien obéit à des équilibres régionaux non écrits, mais profondément ancrés dans la pratique diplomatique. La rotation implicite à la tête du Secrétariat général entre les régions du monde vise à éviter l’appropriation des postes stratégiques par un nombre limité d’États.
Or, l’Afrique de l’Ouest a déjà donné à l’ONU l’un de ses Secrétaires généraux les plus marquants avec Kofi Annan. Son mandat, qui s’est étendu sur une décennie (1997 à 2006), demeure une référence majeure dans l’histoire de cette auguste institution. Dans cette logique, nous considérons que si l’Afrique devait de nouveau accéder à ce poste, d’autres sous-régions du continent pourraient être privilégiées.
Par ailleurs, l’Afrique de l’Ouest traverse depuis plusieurs années une période d’instabilité politique et sécuritaire marquée par des crises institutionnelles, des transitions militaires et une fragmentation diplomatique croissante. Cette situation affaiblit la capacité de la région à parler d’une seule voix sur les grandes questions internationales. Or, dans les compétitions multilatérales, la cohésion régionale constitue pourtant un facteur déterminant. Les régions capables de présenter une candidature unique soutenue par un bloc diplomatique solide disposent généralement d’un avantage décisif.
À cela s’ajoute la montée en puissance d’autres pôles diplomatiques africains, notamment en Afrique de l’Est et en Afrique australe, où plusieurs figures influentes occupent déjà des positions stratégiques dans les institutions internationales.
Dans cette configuration, la probabilité qu’un candidat issu de l’Afrique de l’Ouest parvienne à rassembler un consensus international apparaît relativement faible.
Ensuite, un deuxième élément vient repousser les chances du sénégalais : il s’agit de la question du genre qui s’est invitée ces dernières années à ce débat. Dès lors, nous estimons fondamentalement que la candidature d’une femme africaine pourrait être le compromis diplomatique idéal.
Dans les coulisses de la diplomatie internationale, l’idée qu’une femme puisse enfin accéder au poste de Secrétaire générale de l’ONU s’impose progressivement comme une évidence politique. Depuis 1945, l’organisation n’a été dirigée que par des hommes. Cette anomalie historique nourrit aujourd’hui une pression croissante de la société civile internationale, des ONG et d’un nombre croissant d’États.
Dans ce contexte, une personnalité comme la nigériane Amina J. Mohammed apparaît comme un profil particulièrement compatible avec les équilibres diplomatiques recherchés. Actuelle vice-secrétaire générale de l’ONU, elle possède une connaissance intime de l’appareil onusien et des mécanismes du multilatéralisme contemporain. Elle a été l’une des architectes de l’Agenda 2030 pour le développement durable et bénéficie d’une réputation solide dans les cercles diplomatiques internationaux.
Mais, son avantage n’est pas seulement technique. Il est aussi symbolique. Une femme africaine à la tête de l’ONU permettrait de répondre simultanément à deux revendications majeures du système international : la question de l’égalité de genre et celle de la représentation du Sud global, c’est-à-dire les pays situés en Afrique, en Amérique latine, en Asie, et dans certaines régions du Moyen-Orient et d’Océanie. Pour les grandes puissances du Conseil de sécurité des Nations unies, un tel profil pourrait constituer un compromis diplomatique parfait, capable de rassembler un large consensus.
Face à cette dynamique internationale, une candidature masculine portée par un ancien chef d’État dont la fin de règne fut très controversée apparaît structurellement moins alignée avec l’air du temps diplomatique.
Le troisième élément de notre analyse repose essentiellement sur la stature de « dinosaure politique » du président Sall. Sous ce rapport, sa candidature peut également être interprétée à la lumière des dynamiques politiques internes et des stratégies de repositionnement international. Dans l’histoire de la diplomatie multilatérale, il n’est pas rare que certains anciens dirigeants se lancent dans la course aux grandes fonctions internationales dans une logique de reconversion symbolique du pouvoir.
Après avoir quitté la présidence du Sénégal, Macky Sall cherche manifestement à maintenir une visibilité sur la scène internationale. Son passage à la tête de l’Union africaine lui a offert une exposition diplomatique importante. Mais, cette visibilité ne suffit pas nécessairement à construire une coalition internationale solide autour d’une candidature.
Le problème principal réside dans la perception de son bilan politique national. Les dernières années de son pouvoir ont été marquées par des tensions politiques profondes, des controverses institutionnelles et une polarisation de la vie politique sénégalaise. Dans un système multilatéral où la neutralité et la capacité de médiation sont des qualités essentielles, ces éléments vont peser lourdement dans l’évaluation de sa candidature.
Dès lors, nous faisons de ces nombreux sénégalais qui interprètent cette initiative comme une candidature de prestige, destinée avant tout à maintenir un statut diplomatique et à prolonger une présence dans les sphères internationales.
Dans le jeu feutré, mais impitoyable de la diplomatie mondiale, toutes les candidatures ne sont pas destinées à gagner. Certaines servent simplement à rester dans la conversation internationale en attendant d’avoir un véritable rôle à jouer.
Au terme de cette réflexion, la question n’est pas de savoir si un Sénégalais peut un jour accéder aux plus hautes responsabilités internationales. L’histoire diplomatique du Sénégal montre au contraire que notre pays dispose d’une tradition reconnue et de personnalités capables de porter la voix de l’Afrique dans les grandes institutions du monde.
Cependant, dans la configuration actuelle du système international, plusieurs facteurs rendent la perspective de voir Macky Sall succéder à António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies quasi impossible. La pression en faveur de l’élection d’une femme, les équilibres régionaux de la diplomatie multilatérale et les dynamiques politiques du continent africain réduisent considérablement les chances d’une telle candidature.
Dans ces conditions, cette initiative apparaît davantage comme un geste symbolique destiné à maintenir une présence sur la scène internationale. Mais, pour nous autres, le patriotisme lucide consiste justement à distinguer entre les aspirations nationales légitimes et les réalités du jeu diplomatique mondial, afin de préparer, à l’avenir, des candidatures véritablement crédibles pour représenter le Sénégal et l’Afrique au plus haut niveau. D’ailleurs, cette candidature au poste le plus élevé de la gouvernance mondiale ne serait-elle pas destinée à nous faire passer plus facilement et à jamais, la pilule de la gestion de l’Etat des dernières années de Macky Sall ? En tous les cas, au moins une chose est claire pour le moment, cette candidature est plus Burundaise que Sénégalaise.
ONU: la candidature de Macky Sall, un symbole diplomatique et non une option sérieuse pour diriger le monde
Depuis 2024, des politiciens proches de l’ancien régime ont commencé à prêter au Président Macky Sall l’intention de briguer le poste de Secrétaire général des Nations unies. Ainsi, progressant de façon perlée, la rumeur persistante devenue plus audible a été finalement confirmée par la transmission de sa candidature à l’ONU par le président Ndayishimiye du Burundi.
Commencer ce texte en précisant que notre amour pour le Sénégal reste le plus beau et le plus noble des sentiments que nous n’a jamais eu en tant que citoyen serait presque superflu. Pour nous Sénégalais, cet attachement est profond et nourri par l’histoire, par la fierté d’une nation longtemps considérée comme un modèle de stabilité et de vitalité démocratique en Afrique. Et pourtant, l’amour de la patrie ne doit jamais se confondre avec l’aveuglement. Le véritable patriotisme exige au contraire lucidité et responsabilité. Il suppose alors, la capacité d’examiner avec rigueur les choix faits au nom de la nation, sans se laisser guider uniquement par l’émotion.
Dans un monde régi par des rapports de force complexes, la diplomatie internationale obéit à des logiques souvent froides et stratégiques. Les grandes organisations multilatérales, comme l’Organisation des Nations unies, ne fonctionnent pas sur la base des élans patriotiques, mais sur des équilibres géopolitiques et des compromis entre puissances.
C’est dans un esprit de patriotisme lucide et responsable qu’il convient d’examiner la candidature de Macky Sall à la succession d’António Guterres. Loin des passions partisanes, cette question, qui alimente les débats dans le landerneau politique, mérite d’être posée avec sérénité : quelles sont réellement les chances d’une telle ambition dans le contexte international actuel ?
Tout d’abord, il faut noter que la géopolitique du système onusien obéit à des équilibres régionaux non écrits, mais profondément ancrés dans la pratique diplomatique. La rotation implicite à la tête du Secrétariat général entre les régions du monde vise à éviter l’appropriation des postes stratégiques par un nombre limité d’États.
Or, l’Afrique de l’Ouest a déjà donné à l’ONU l’un de ses Secrétaires généraux les plus marquants avec Kofi Annan. Son mandat, qui s’est étendu sur une décennie (1997 à 2006), demeure une référence majeure dans l’histoire de cette auguste institution. Dans cette logique, nous considérons que si l’Afrique devait de nouveau accéder à ce poste, d’autres sous-régions du continent pourraient être privilégiées.
Par ailleurs, l’Afrique de l’Ouest traverse depuis plusieurs années une période d’instabilité politique et sécuritaire marquée par des crises institutionnelles, des transitions militaires et une fragmentation diplomatique croissante. Cette situation affaiblit la capacité de la région à parler d’une seule voix sur les grandes questions internationales. Or, dans les compétitions multilatérales, la cohésion régionale constitue pourtant un facteur déterminant. Les régions capables de présenter une candidature unique soutenue par un bloc diplomatique solide disposent généralement d’un avantage décisif.
À cela s’ajoute la montée en puissance d’autres pôles diplomatiques africains, notamment en Afrique de l’Est et en Afrique australe, où plusieurs figures influentes occupent déjà des positions stratégiques dans les institutions internationales.
Dans cette configuration, la probabilité qu’un candidat issu de l’Afrique de l’Ouest parvienne à rassembler un consensus international apparaît relativement faible.
Ensuite, un deuxième élément vient repousser les chances du sénégalais : il s’agit de la question du genre qui s’est invitée ces dernières années à ce débat. Dès lors, nous estimons fondamentalement que la candidature d’une femme africaine pourrait être le compromis diplomatique idéal.
Dans les coulisses de la diplomatie internationale, l’idée qu’une femme puisse enfin accéder au poste de Secrétaire générale de l’ONU s’impose progressivement comme une évidence politique. Depuis 1945, l’organisation n’a été dirigée que par des hommes. Cette anomalie historique nourrit aujourd’hui une pression croissante de la société civile internationale, des ONG et d’un nombre croissant d’États.
Dans ce contexte, une personnalité comme la nigériane Amina J. Mohammed apparaît comme un profil particulièrement compatible avec les équilibres diplomatiques recherchés. Actuelle vice-secrétaire générale de l’ONU, elle possède une connaissance intime de l’appareil onusien et des mécanismes du multilatéralisme contemporain. Elle a été l’une des architectes de l’Agenda 2030 pour le développement durable et bénéficie d’une réputation solide dans les cercles diplomatiques internationaux.
Mais, son avantage n’est pas seulement technique. Il est aussi symbolique. Une femme africaine à la tête de l’ONU permettrait de répondre simultanément à deux revendications majeures du système international : la question de l’égalité de genre et celle de la représentation du Sud global, c’est-à-dire les pays situés en Afrique, en Amérique latine, en Asie, et dans certaines régions du Moyen-Orient et d’Océanie. Pour les grandes puissances du Conseil de sécurité des Nations unies, un tel profil pourrait constituer un compromis diplomatique parfait, capable de rassembler un large consensus.
Face à cette dynamique internationale, une candidature masculine portée par un ancien chef d’État dont la fin de règne fut très controversée apparaît structurellement moins alignée avec l’air du temps diplomatique.
Le troisième élément de notre analyse repose essentiellement sur la stature de « dinosaure politique » du président Sall. Sous ce rapport, sa candidature peut également être interprétée à la lumière des dynamiques politiques internes et des stratégies de repositionnement international. Dans l’histoire de la diplomatie multilatérale, il n’est pas rare que certains anciens dirigeants se lancent dans la course aux grandes fonctions internationales dans une logique de reconversion symbolique du pouvoir.
Après avoir quitté la présidence du Sénégal, Macky Sall cherche manifestement à maintenir une visibilité sur la scène internationale. Son passage à la tête de l’Union africaine lui a offert une exposition diplomatique importante. Mais, cette visibilité ne suffit pas nécessairement à construire une coalition internationale solide autour d’une candidature.
Le problème principal réside dans la perception de son bilan politique national. Les dernières années de son pouvoir ont été marquées par des tensions politiques profondes, des controverses institutionnelles et une polarisation de la vie politique sénégalaise. Dans un système multilatéral où la neutralité et la capacité de médiation sont des qualités essentielles, ces éléments vont peser lourdement dans l’évaluation de sa candidature.
Dès lors, nous faisons de ces nombreux sénégalais qui interprètent cette initiative comme une candidature de prestige, destinée avant tout à maintenir un statut diplomatique et à prolonger une présence dans les sphères internationales.
Dans le jeu feutré, mais impitoyable de la diplomatie mondiale, toutes les candidatures ne sont pas destinées à gagner. Certaines servent simplement à rester dans la conversation internationale en attendant d’avoir un véritable rôle à jouer.
Au terme de cette réflexion, la question n’est pas de savoir si un Sénégalais peut un jour accéder aux plus hautes responsabilités internationales. L’histoire diplomatique du Sénégal montre au contraire que notre pays dispose d’une tradition reconnue et de personnalités capables de porter la voix de l’Afrique dans les grandes institutions du monde.
Cependant, dans la configuration actuelle du système international, plusieurs facteurs rendent la perspective de voir Macky Sall succéder à António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies quasi impossible. La pression en faveur de l’élection d’une femme, les équilibres régionaux de la diplomatie multilatérale et les dynamiques politiques du continent africain réduisent considérablement les chances d’une telle candidature.
Dans ces conditions, cette initiative apparaît davantage comme un geste symbolique destiné à maintenir une présence sur la scène internationale. Mais, pour nous autres, le patriotisme lucide consiste justement à distinguer entre les aspirations nationales légitimes et les réalités du jeu diplomatique mondial, afin de préparer, à l’avenir, des candidatures véritablement crédibles pour représenter le Sénégal et l’Afrique au plus haut niveau. D’ailleurs, cette candidature au poste le plus élevé de la gouvernance mondiale ne serait-elle pas destinée à nous faire passer plus facilement et à jamais, la pilule de la gestion de l’Etat des dernières années de Macky Sall ? En tous les cas, au moins une chose est claire pour le moment, cette candidature est plus Burundaise que Sénégalaise.