Contrats stratégiques, dette, agropoles : Sonko tient le cap du Projet (LAF)

Contrats stratégiques, dette, agropoles : Sonko tient le cap du Projet

« Celui qui veut conduire un peuple doit savoir résister aux tempêtes » (Thomas Sankara)

Alors que le Sénégal traverse une période de tension sociale marquée par des revendications sectorielles, des crispations politiques et un climat de débat permanent, l’action publique ne s’est pourtant pas figée. Les 11 et 12 mars 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a posé trois actes majeurs qui traduisent une orientation claire en remettant l’État sénégalais au cœur de la maîtrise de ses ressources et de son avenir économique. Dans un contexte où le débat public est souvent dominé par l’émotion, la mise à niveau de la coalition « Diomaye Président » par le Président de la République et les affrontements politiciens, ces décisions primatoriales témoignent d’une volonté de maintenir le cap sur ce qui a été présenté comme le “Projet” : la reconquête de la souveraineté économique et productive du pays.

Ainsi, la renégociation des conventions et contrats stratégiques hérités du précédent régime, le paiement d’une importante échéance de la dette extérieure et le lancement de la mobilisation du secteur privé autour des agropoles et des sites industriels constituent trois gestes forts. Chacun d’eux révèle une stratégie cohérente de récupération des marges financières, de restauration de la crédibilité du pays et de préparation des bases d’une transformation productive de notre pays.

1. La renégociation des contrats : récupérer la valeur nationale

La première décision majeure concerne la renégociation des conventions et contrats conclus sous les régimes précédents dans plusieurs secteurs stratégiques de l’économie sénégalaise. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de rééquilibrage des rapports entre l’État sénégalais et certains partenaires économiques, notamment dans les domaines des ressources naturelles, de l’énergie ou des infrastructures.

Pendant plusieurs années, une partie du débat public a porté sur la perception d’accords jugés défavorables à l’intérêt national. Dans de nombreux pays africains riches en ressources, les contrats signés dans des contextes politiques particuliers ont souvent laissé une part disproportionnée des bénéfices aux partenaires étrangers. La volonté du gouvernement de Sonko de revisiter ces conventions répond donc à une aspiration populaire forte, promise de surcroît depuis une décennie. En effet, il s’agit de faire en sorte que les ressources nationales profitent davantage au peuple sénégalais.

L’enjeu financier est considérable. Les autorités évoquent la possibilité de récupérer plusieurs centaines de milliards de francs CFA, grâce à une meilleure répartition des revenus, à une fiscalité plus adaptée ou à une révision de certaines clauses contractuelles. Pour un pays engagé dans une politique ambitieuse de transformation économique et sociale, ces ressources supplémentaires pourraient constituer un levier déterminant. D’ailleurs, sous la houlette de Birame Soulèye Diop, ministre de l’Energie, plusieurs contrats stratégiques ont déjà été purement et simplement annulés (les blocs de Diender, de Djiffere, de Cayar offshore profond, de Cayar offshore peu profond, de Saint-Louis offshore peu profond, ainsi de celui de Rufisque offshore). Au-delà de l’aspect budgétaire, cette renégociation comporte également une dimension politique et symbolique. Elle traduit la volonté d’un État qui affirme sa souveraineté dans la gestion de ses ressources. L’objectif n’est pas de rompre avec les investisseurs étrangers, mais de redéfinir légitimement les partenariats sur des bases plus équilibrées, dans lesquelles les intérêts du peuple sénégalais seront clairement préservés.

En adoptant cette démarche, Ousmane Sonko et son gouvernement envoient un message aux citoyens sénégalais, mais aussi aux investisseurs. Au peuple sénégalais, ils affirment que les richesses du pays doivent être mieux valorisées. Et aux partenaires économiques internationaux, ils rappellent que le Sénégal reste ouvert à l’investissement, mais dans un cadre plus transparent et plus équitable. Cette orientation correspond à une tendance observable dans plusieurs pays du Sud global, où les États cherchent à reprendre la maîtrise de leurs ressources stratégiques.

Ainsi, loin d’être un simple geste politique, la renégociation des contrats constitue un instrument central de souveraineté économique et de justice distributive.

Le deuxième acte posé par le gouvernement de Sonko concerne le paiement d’une échéance importante de la dette extérieure du Sénégal : 471 millions d’euros d’Eurobonds contractés en 2018. Dans un contexte international marqué par la volatilité financière et par les inquiétudes liées à l’endettement de plusieurs économies africaines, cette décision revêt une importance stratégique.

Les Eurobonds représentent des emprunts levés sur les marchés financiers internationaux. Leur remboursement constitue un test crucial de la crédibilité d’un État. Un défaut de paiement peut entraîner une dégradation de la notation financière du pays, une hausse des taux d’intérêt et une perte de confiance des investisseurs. Rappelons d’ailleurs la notation précipitée en octobre 2025 de l’agence Moody’s, dégradant « la note souveraine de notre pays avec une perspective négative qui signalait un risque accru sur la dette et la liquidité ».

En honorant cette échéance, le gouvernement sénégalais a envoyé un signal clair aux bailleurs. Notre pays respectera tous ses engagements financiers internationaux. Cette crédibilité est essentielle pour maintenir l’accès aux financements extérieurs nécessaires au développement des infrastructures, de l’énergie ou de l’industrie. Le paiement de cette dette permet également d’éviter un scénario que redoutent de nombreux pays émergents, celui de la spirale de la dette. Dans plusieurs régions du monde, des États ont vu leur situation financière se dégrader rapidement à la suite d’un défaut de paiement, entraînant des programmes d’ajustement drastiques et une perte de souveraineté économique. En assumant cette responsabilité financière, le gouvernement de Sonko cherche donc à protéger la stabilité macroéconomique du pays. Cette stabilité constitue un élément clé pour attirer les investisseurs et soutenir la croissance.

Par ailleurs, ce remboursement s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion responsable de la dette publique. L’objectif n’est pas seulement de payer les échéances héritées du passé, mais aussi de mieux orienter les futurs financements vers des investissements productifs capables de générer de la richesse. La tenue d’une promesse de lendemain meilleur.

Ainsi, loin d’être un simple acte comptable, le paiement de l’Eurobond constitue un geste de crédibilité financière et de stabilité économique, indispensable pour soutenir les ambitions de transformation du Sénégal à l’horizon 2050.

Le troisième axe de l’action gouvernementale annoncé par  le Premier ministre Ousmane Sonko concerne le lancement des activités de mobilisation du secteur privé autour des agropoles et des sites industriels. Cette initiative s’inscrit dans une vision de transformation structurelle de l’économie sénégalaise.

Pendant longtemps, l’économie sénégalaise a reposé principalement sur les services, les importations et certains secteurs extractifs. Cette configuration a limité la création d’emplois industriels et la transformation locale des matières premières. L’ambition des agropoles est précisément de rompre avec ce modèle.

Les agropoles visent à créer des pôles de transformation agro-industrielle capables de valoriser les productions agricoles locales. Plutôt que d’exporter des produits bruts ou d’importer des produits transformés, l’objectif est de développer des chaînes de valeur locales : transformation des fruits, des céréales, des produits horticoles ou de l’élevage. Cinq agropoles ont déjà été identifiés. Il s’agit de l’agropole Sud pour la Casamance (anacarde, mangue, maïs), l’agropole Centre polarisant Kaolack, Kaffrine, Diourbel et Fatick (arachide, céréales, sel), l’agropole Nord avec Saint-Louis, Matam et Louga (riz, oignon, élevage), l’agropole Ouest pour la région de Thiès (ressources halieutiques, produit laitier et aviculture) et l’agropole Est pour Tambacounda et Kédougou (coton, fonio, banane, karité).

Cette stratégie présente plusieurs avantages majeurs. Elle permet d’abord de créer des emplois industriels, notamment pour les jeunes. Elle contribue ensuite à réduire la dépendance alimentaire de notre pays en renforçant la production locale. Enfin, elle favorise l’émergence d’un tissu d’entreprises nationales capables de participer à la transformation économique des ressources.

La mobilisation du secteur privé est essentielle dans cette dynamique. L’État ne peut pas, à lui seul, porter l’ensemble des investissements nécessaires. En associant les entreprises, les investisseurs et les entrepreneurs, le gouvernement cherche à créer un écosystème économique dynamique autour des sites industriels. Cette démarche répond également à une exigence de modernisation économique. Dans un monde marqué par la compétition industrielle et par les mutations technologiques, les pays qui réussissent sont ceux qui parviennent à développer des capacités de production et d’innovation. Et c’est cela la ligne directrice du « Projet ».

En mettant en mouvement le secteur privé autour des agropoles et des zones industrielles, le nouveau régime prépare donc les bases d’une économie plus productive, plus résiliente et plus créatrice d’emplois.

En définitive, ces trois initiatives illustrent une réalité souvent éclipsée par le tumulte politique. Pendant que le débat public s’enflamme, l’action gouvernementale poursuit sa trajectoire. La renégociation des contrats vise à récupérer une part plus importante de la richesse nationale. Le paiement de la dette préserve la crédibilité financière du pays. La mobilisation du secteur privé autour des agropoles prépare la transformation productive de l’économie. Autrement dit, malgré le vacarme socio-politique, la machine de l’État continue d’avancer vers l’objectif premier du « Projet » : bâtir un Sénégal plus souverain, plus productif et plus maître de son destin économique.   

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