Il faut sauver le soldat Diomaye ! (par Samba Nd. Diallo)

Les derniers mots de Machiavel, en ce 21 juin 1527 furent : « Je désire aller en enfer et non au paradis… »

Dans les contes, même de fées, il y a  toujours à la fin une moralité dichotomique : ce qu’il faut toujours faire et ce qu’il ne faut jamais faire. Cela signifie, dans une certaine mesure, que l’on y  comprend quelque chose. Cela signifie aussi, qu’il faudra toujours faire un choix et, ne pas choisir, constituera un choix.

Chaque fois qu’un groupe d’individus a entamé une bataille, une guerre, l’effritement de celui-ci se trouve au bout de la gloire. Parce que les idées incongrues et les orgueils saugrenus ne surviennent qu’à ce moment. Et les démons de la division n’ont pas meilleure opportunité. Ils accomplissent toujours leur besogne. C’est juste une question de temps. Ce temps, semble-t-il, est bien arrivé !

Or, lorsqu’on observe la situation politique actuelle de notre pays, le choix de comprendre de prime abord devient le plus difficile, mais le plus équitable. Car, dans les conflits, quels qu’ils soient, les conséquences sont assez souvent mieux observables que les causes. Ce sont pourtant sur ces dernières qu’il faut essayer de porter une compréhension, sereine et objective.

Au début, était l’élection du président de la République Bassirou Diomaye Faye, le 24 mars 2024. C’était dans un contexte particulier où, son prédécesseur avait mobilisé toute sorte de subterfuges et toute la puissance régalienne entre ses mains, pour empêcher à Ousmane Sonko, actuel premier ministre, de  se mesurer à lui démocratiquement dans une élection. C’est pourquoi, ce dernier contre toute attente, a désigné son second dans le parti PASTEF pour le suppléer comme candidat. Il gagna l’élection sans anicroche, au premier tour. Dans ces conditions, est né un pouvoir exécutif biscornu que devait entretenir seulement et uniquement, en marge du respect mutuel et des bienséances républicaines entre les deux hommes, les concepts socio-culturels de gratitude et de reconnaissance. Ce qui est matériellement impossible, mais nous avons choisi de fermer les yeux, enivrés de nos émotions. Parce que, dans une République comme la nôtre, qui est plus proche d’une royauté anodine avec toutes les déités de son roi, il est presque impossible à celui-ci de partager une once de son pouvoir ; fut-il servi sur un plateau d’argent par son mentor. L’origine de l’éclatement du duo Sonko-Diomaye n’est pas loin de cet état de fait.

S’y ajoute l’environnement nucléaire dans lequel, le président élu doit désormais vivre, s’ y mouvoir  et dont il devient de par les lois de la République, le commandant suprême. Il y a aussi les qualificatifs emphatiques dont il est enduit tous les jours et qui finissent par installer dans son subconscient une addiction maligne. On lui fait croire qu’il est l’homme le plus informé, le plus puissant du pays, etc. Tout ceci n’est qu’un mirage, bien sûr. Il y est préparé (dans cet environnement), à  avoir un intellect paresseux pour  croire en tout ce que racontent ses bulletins de renseignement et se donner bonne conscience, en ce qui concerne les fautes qu’il va commettre et avoir toujours raison. Il y est confronté à deux ennemis dont le premier est le comportement du Chef qu’il est devenu, un ennemi quasi intenable, qui le conduit à être précisément le contraire de ce qu’il doit être.

Car, il doit être irréprochable quand bien même cette qualité n’est pas humaine. Il lui faut être humble, juste, mesuré et équitable. Il doit être un serviteur jusqu’à l’âme et non pas un jouisseur ; ni du pouvoir pharaonique désormais placé entre ses mains ni des trésors gracieusement mis à sa disposition. Il ne doit pas être condescendant, non plus. Le respect du peuple qui l’a élu est une obligation primaire et primordiale. Il lui doit reconnaissance et loyauté, en ce qu’ils se sont dits. Faillir à ces vertus devient dès lors impardonnable.

Le deuxième ennemi, imparable ou presque, parce qu’il l’aura choisi à ses côtés, c’est son entourage. Il n’est dompté que lorsque le premier l’est tout autant. Sinon, il va être comme la Cour du roi Pétaud. Il va faire tout et n’importe quoi. Il va le cerner. Il va l’encenser. Il va l’adorer au sens religieux du terme. Il va le mener en bateau. Il va le mener dans les hauteurs célestes de ses dieux maçonniques imaginaires et faux dévots. Il le fera monter jusqu’à ce qu’il ait le tournis, jusqu’à ce qu’il délire, jusqu’à ce qu’il perde le sens des réalités ; les nôtres…

Cet entourage va lui modifier la conscience de sorte qu’il ne comprenne plus les mêmes choses que nous. Il va faire en sorte que les mêmes mots et les mêmes maux n’aient plus les mêmes significations que celles que nous en avons. Il fera de sorte que les mêmes peines ne l’émeuvent plus ni ne l’éprouvent de la même façon que nous… Il va s’y ouvrir chaque jour, dans cet entourage, un bazar de cynisme indescriptible, dont les failles seront comblées par les effritements de son honneur à lui, le Chef. Il  l’enfermerait, s’il le laisse faire, dans une tour d’ivoire. Et lorsqu’il nous parlera, nous aurons juste comme l’impression qu’il a changé, qu’il a changé de langue et de langage, de pays, sans nous le dire, sans que l’on s’en aperçoive.

Le président va choisir des hommes et des femmes qui ne lui diront jamais non. Ils  seront toujours et d’emblée d’accord avec ce qu’il dira comme avec ce qu’il fera. Et lorsqu’il changera d’avis, ils en feront autant. Lorsqu’il se trompera, ils lui diront qu’il a raison.

Dans cet écosystème, constater des changements incompris et incompréhensibles chez un individu, de surcroît Chef de l’Etat, ne fait pas forcément de lui un traître. Celui-ci est et reste un homme, avec ses défauts et ses qualités. Il est comme un soldat, il peut bien s’aventurer en zone dangereuse, s’égarer comme d’ailleurs pourrait le faire chacun d’entre nous. Nous ne connaissons pas sa position, car nous n’y avons pas encore mis les pieds. Mais alors, il faut le sauver !

Il  semble qu’il est prisonnier des « coalisés » et de leur organisation, cette sorte de cheval de Troie qui n’en est pas un. Ce conglomérat d’intérêts clivants, cette aventure ambiguë sans issue. Ce groupement d’intérêts économiques dont les membres n’ont pas pu drainer le nombre de parrains requis conformément à la loi, aux dernières élections. Non, notre soldat est forcément plus intelligent que ça ! Qu’est-il donc allé faire dans cette galère, pourrait-on se demander ?

Il a dû rencontrer un monde qu’il ne connait pas et dont il ignore jusqu’à la culture et les pratiques pernicieuses. Même qu’il a grandi en le regardant faire. Il a dû surestimer son  intelligence (comme chacun d’entre nous pourrait le faire), devant ceux dont le métier est d’influencer, de flouer les esprits. Mal lui en a pris.

Le doxa, en plus d’être cette maladie politique des humains qui les fait prendre des débilités pour une vérité immuable, les enchainent aussi. C’est pourquoi, sans doute, le 07 mars dernier, le président de la République, a beaucoup peiné à délivrer au public le discours qu’il avait écrit, bien qu’il l’ait eu sous les yeux. Il s’est donc mis pendant presque 39 minutes,  à dire des choses qu’il ne devait pas dire et, surtout, qu’on ne dit jamais sur la place publique en pays wolof, de surcroit. Le jeu n’en valait pas la chandelle. Jamais ce dicton n’a eu autant de sens. Mais, en fouinant un peu dans les péripéties de notre passé récent et compte tenu de ce qui précède, on devrait pouvoir comprendre notre soldat. On devrait pouvoir le ramener au camp, l’aimer derechef.

En le sauvant, il faut lui rappeler (il n’a sûrement pas oublié), ce pourquoi et comment il a été élu. Il faut lui rappeler, avec toute la déférence qui sied à son rang, qu’il n’y a pas de compromis possible entre notre Projet et celui des corsaires qui le cernent et contre lequel, nous avons majoritairement voté le 24 mars 2024. Il faut lui rappeler enfin et en définitive, que c’est nous (y compris lui-même), qui avons payé à prix d’or de notre liberté, de notre honneur, de notre bonheur, de nos vies…

Alors, c’est à nous de commander !

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