« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible, rendront une révolution violente inévitable. »
(John Fitzgerald Kennedy, mars 1962)
« Confrontation », c’est le titre du dernier album de Bob Marley. Il l’a signé à titre posthume, en 1983. Sur la pochette, il y est représenté sur un cheval blanc, enfonçant sa lance dans les entrailles du dragon. Il a le sourire aux lèvres, tel ce roi qui a accompli sa mission, en neutralisant son ennemi pour le compte de son peuple, en fin de compte. C’était une prédiction de la fin de Babylone. Pour les rastas, Babylone est le symbole de la corruption, de l’injustice sociale et de la discrimination. Le système, pour nous. Le dragon représente le système…
C’est une petite homologie qui ramène à deux ans auparavant, à la Révolution du 24 mars 2024. On en parlera toujours, comme c’était de coutume avec nos professeurs d’histoire en classe de terminale que d’en parler toujours, s’agissant de la Révolution Bolchevik de 1917. Il faut en parler car, le propre de cette Révolution, contrairement à celle des russes, est survenue comme telle mais à la fin de la journée, elle n’a rien bouleversé. On va y revenir. C’est pourquoi, il ne serait pas un grand tort que d’en revoir la terminologie. En attendant, on pourrait faire la genèse des concours de circonstances qui l’ont précédée et façonnée. Même qu’on a souri trop tôt…
En effet, au lendemain du 24 mars, on s’est aperçu que le dragon (le système) s’est juste affaissé, mais pas mort. Le système, c’est cette caste frénétique, fabrique de privilèges, de strapontins. Son pouvoir et son intelligence maléfiques traversent les époques. Et ne peuvent y vivre que ceux dont les intérêts prébendiers priment sur tout, y compris sur la patrie. Ce sont des gens qui n’en ont rien à faire. La politique pour eux, se résume au profit personnel. On ne peut pas leur parler de la Cité. Elle reste une façade, ni plus ni moins. Le choix est donc binaire si on aime ce pays et il est antisystème.
La confrontation a eu lieu. Elle aura duré un peu plus de trois ans. Elle a été rude, violente. Parce qu’il y a eu un homme que la démocratie a mis à une place qu’il n’aurait jamais du occuper. La démocratie, c’est ce moindre mal que l’on traine sans en être malade et dont on use, pour enjoliver l’apparence de ceux qui ne s’accommodent pas assez souvent de morale dans leur besogne politique. Il s’est donc mis à sélectionner les candidats avec lesquels il désirait se mesurer à l’élection présidentielle. Il s’est mis à traquer, à persécuter le seul à même, à ses yeux, de le battre, de lui ravir la vedette. Il lui a opposé toute la force régalienne que la démocratie (encore une fois), a placée entre ses mains. Il en a usée et en a abusée. Le vaillant peuple s’est dressé devant lui, contre corps et âmes. Il a payé un lourd tribut. Parce qu’il s’y était ainsi employé auparavant, sans que rien ne lui arrivât, avec monsieur le maire, dont il a concocté un procès pour détournement de deniers publics. Il l’avait embastillé jusque après l’élection. Il avait fait de même aussi, avec celui que l’on a surnommé « le ministre du ciel et de la terre » qui plus est, fils de son prédécesseur… Leur tort à tous les deux, c’était d’être suffisamment populaire pour l’inquiéter à l’élection présidentielle.
La confrontation a eu lieu aussi, parce que l’expression « Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs », du jour au lendemain, ne signifiait plus ce qu’elle devrait. Le chef de l’Etat d’alors et ses partisans avaient décidé, comme par enchantement, de souffrir de quelque difformité abracadabrantesque de lexique. Des gens en ont perdu la vie. On n’en connait pas le nombre. Personne n’est encore déclaré coupable. Le système excelle aussi dans l’étouffement des affaires !
La confrontation a eu lieu enfin, parce que le chef, pour s’éterniser au pouvoir et imbu que de son seul bon vouloir, avait décidé de reporter l’élection présidentielle, à la veille du démarrage de la campagne électorale. Pour éteindre le feu, il a appelé auparavant à des négociations en une journée de dupes entre ducs déchus. C’était une sorte de Concile de Trente, qui finit d’ailleurs comme l’histoire de celui-ci. Il a fait la proposition d’inclure tous les candidats qu’il avait exclus de par ses propres subterfuges. Certainement avec, au fond de son esprit d’apprenti dictateur, obtus et imperméable à la dialectique contradictoire, la volonté sournoise d’enfermer pour la perpétuité son opposant et ennemi public numéro un, déjà en prison. Il s’appelle Ousmane Sonko. Il y était avec tous les dirigeants son parti ou presque dont son second, devenu président de la République après qu’il l’a choisi comme candidat.
C’est ainsi qu’est née la relation de transitivité entre Ousmane Sonko, le peuple et le président de la République.
Le but d’une révolution, pacifique ou violente, c’est de bouleverser, de changer, de réorienter, de procéder à une refondation totale. La rigueur se chargera de neutraliser les résistances qui seront observées chaque fois qu’un pas vers la réforme sera franchi. Parce que la rigueur est la seule méthode connue pour garantir la pérennité à une révolution. Elle permet à l’équipe dirigeante d’honorer le pacte fait avec le peuple, de canaliser les ambitions disparates et surtout, d’optimiser les ressources disponibles pour réaliser les missions qu’elle s’est assignée. Ce comportement rigoureux va créer l’adhésion du peuple en ce qui concerne les politiques de rupture, avec leurs conséquences telles que l’austérité ou l’abandon « douloureux » de mauvaises pratiques bien ancrées dans les habitudes sociétales.
Parce que, comme l’a développé Lénine dans son pamphlet « Que faire ? », la conscience révolutionnaire ne se développe pas aussi soudainement que la révolution elle-même. Les masses ont toujours besoin d’être formées et guidées. Or, la personne qui a joué et réussi ce rôle jusqu’à présent et qui en incarne l’effectivité, c’est le premier ministre Ousmane Sonko de par la notoriété duquel, le président de la République a été élu. Il ne serait ni intelligent ni stratégique que de s’écarter de son chemin que balisent les principes de la Révolution. La duplicité doctrinaire qui viendrait contrer cet état de fait serait fatale à ses artisans, quels qu’ils soient et de quelque bord qu’ils soient.
Les conditions qui ont été à l’origine de ces évènements sont restées intactes, Elles ont survécu à la révolution du 24 mars 2024, tant sur la sémantique légale que sur les pratiques politiques et politiciennes.
Il y aura une autre confrontation, peut-être la dernière, parce que l’acception la plus pacifique de la démocratie va être volontairement altérée : celle du pouvoir de la majorité sur la minorité. Le rassemblement hétéroclite autour du président de la République, aux membres clivants et n’ayant pas beaucoup d’atomes crochus les uns les autres, en augure toutes les probabilités. Il est composé de tous ceux qui ont perdu les dernières élections, présidentielle comme législatives, à plate couture. Le peu qui a eu la possibilité d’avoir participé à l’élection présidentielle du 24 mars 2024, après l’étape des parrainages, a eu en majorité, des scores qui se sédimentent rigoureusement aux alentours de zéro pour cent. Par exemple, pour quinze (15) candidats réunis du système, le plus fort score en dessous d’Un pour Cent (1%) était à 0,90 et le plus fort au-dessus d’Un pour Cent (1%) à 2,80, hormis le candidat arrivé en deuxième position qui était à 35,79. Le Seigneur saura reconnaitre les siens, se reconnaitront aussi, les siens !
Qui va donc faire en sorte que la somme des zéros, au propre comme au figuré, ne fasse pas zéro ?
Voilà pourquoi, aucune logique ne permet de comprendre cette liaison fatale entre le président de la République et cette troupe de « coalisés » ! Même avec une politique du « sursaut permanent » (qu’on emprunte des méthodes de Joseph Gobbels), notamment à coups de communiqués bidons et laconiques pour chaque non-évènement, elle ne fera que long feu.
La relation transitive entre le président de la République, le premier ministre et le peuple va se rompre définitivement, si ce n’est déjà fait. Cette rupture se fera au détriment du premier élément, inéluctablement.