Qui donc délivre le Permis d’insulter Ousmane Sonko ? (Samba ND. DIALLO)

«  J’ai un fusil et un rameau d’olivier, faites en sorte que  le rameau d’olivier ne me tombe pas d’entre les mains ! »  (Yasser Arafat, 1974)

Un air de déjà-vu… Des criminels financiers, des brigands, des bandits de grands chemins qui se sont amusés avec nos deniers publics, qui sortent de prison un à un, comme ils y étaient entrés. Ils en sortent sans procès ni condamnation, trainant avec eux une ribambelle de chefs d’accusation aux yeux de tous, abracadabrantesques. Sont embastillés pendant ce temps, ceux qui fument le calumet prohibé de la distraction, contre peines et douleurs. Connaissent aussi le même sort, ceux qui gagent leur vile liberté contre le menu fretin, en prenant des libertés avec les biens d’autrui : une bonbonne de de gaz par-ci, une brebis ou deux poulets par-là…

Cette pénitence sélective du détenteur de la morale publique est une injustice. Or, l’injustice est la première forme de violence. Ce sont des actes tendancieux, matériels ou immatériels,  que l’on pose pour qu’elle surgisse et subsiste. Parallèlement, la paix qui l’éteint (cette violence), au-delà de l’application rigoureuse et uniforme de la loi, se trouve dans les cœurs et dans les esprits, nulle part ailleurs. C’est pourquoi, on peut penser sans se tromper, que l’adoption de la démocratie est un état d’esprit. Tandis que la qualité d’ « homme d’Etat » ou de « gens civilisés » tout simplement, n’est pas dans la théorie socio-politique ou dans la gymnastique orale des magiciens de citations, mais elle est juste comportementale.

Du déjà-vu aussi, dans ce qui va suivre en termes de constat immuable, ou presque…

Sont encore une souvenance vivace les corvées d’Ousmane Sonko alors opposant, lorsqu’il lui a été réclamé la rente la plus onéreuse de tous les temps, pour un délit de cinquième classe, pour laver l’honneur d’un ministre de la République. On ne peut pas oublier ce qu’il s’en est suivi. Pourtant, Président de l’Assemblé nationale qu’il est devenu, il fait toujours et tout le temps, l’objet d’insultes, d’invectives, de manque de révérence inexplicables et inadmissibles. Chaque jour, ceux qui étaient entretenus par l’Etat, naguère payés à ne rien faire, portent atteinte à son honneur. Il ne leur arrive rien de rien ! Ce sont ceux-là dont il a enlevé le pain de la bouche. Ce pain qu’ils obtenaient sans effort aucun, si ce n’est une proximité d’avec le prince d’alors dont ils chantaient les louanges contre le gîte et le couvert. Et pour leur forfait, ils ne paient qu’un billet aller-retour pour le Temple. Ils reviennent toujours plus injustes, plus vaniteux, plus inciviles ! Le prix le plus onéreux qu’ils paient est une interpellation pour deux jours de repos au violon. Et puis vogue la galère…

Personne ne comprend d’où viennent cette clémence, cette magnanimité saugrenues du Temple ! D’aucuns disent qu’il est désormais hanté par les histoires bourrues d’un passé récent dont les stigmates lui demeurent encore. D’autres, plus optimistes à raison ou à tort, pensent qu’il doit aussi être l’antre et le rempart de cette minorité acariâtre, dont la notoriété légale et électorale se limite et se sédimente  aux alentours de 0 ou 1%. Elle peut donc tapager, s’atteler allègrement à sa sérénade malséante,  même jusqu’au-delà des bornes sociales que nous nous sommes dressées, sans avoir de compte à rendre à la société. On ne peut pas appeler cela simplement une inversion de tendance ni un dysfonctionnement quelconque. C’est une violence faite aux autres, avec une organisation pernicieuse de l’impunité, ni plus ni moins. 

Qui donc leur délivre le Permis d’insulter Sonko ?

Pour rappel aussi, Ousmane Sonko a été, une décade durant ou un peu plus, l’homme le plus abhorré par le pouvoir politique alors en place. Un pouvoir qui était incarné précisément par ceux qui se déchainent aujourd’hui contre lui et dont l’unique pensée pieuse pour ce pays, se limite scrupuleusement et exclusivement à leur réticule, à leurs strapontins.

 Ousmane Sonko a été traîné  dans la boue comme personne ne l’a été dans ce pays de contrastes et de paroxysmes. Dans ce pas ce pays d’excès et de paradoxe où, ce qui choque doit sûrement se trouver entre les deux, ou pas du tout. Dans ce pays où une chose et son contraire sont à la fois comestibles, sans souffrir d’indigestion morale. Sa famille a été atteinte jusque dans son honneur. Des lois ont été lues de travers contre lui pour le condamner, pour lui nuire. Des chefs d’accusation aussi fallacieux que drôles ont été formulés contre lui pour le conduire en prison, de sorte qu’il y restât le plus longtemps possible. Il a été même un jour condamné, comme Socrate contre lequel, il avait été reproché en 399 avant Jésus Christ par le tribunal de l’Héliée, de « corrompre la jeunesse, de nier les dieux de la cité et d’introduire des divinités nouvelles à Athènes. » Des jurisprudences cyniques et  iniques ont été inventées pour le priver de ses droits, pour l’humilier…

Il a été dit aussi contre lui, des sentences cousues de fil blanc et, quelques fois de débilités ; excusez notre constat ! Et voici ce que disait de lui monsieur le procureur pour l’enfermer dans son cachot et voici ce à quoi, il n’a jamais renoncé pour l’en sortir : 

«…Il (Ousmane Sonko) sera poursuivi pour appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’Etat, complot contre l’autorité de l’Etat, actes et manœuvres à compromettre la sécurité publique et à créer des troubles publiques graves, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, mais également vol »

Et cætera et cætera…

Son crime, c’est un constat immuable aussi, c’est celui de s’appeler Ousmane Sonko.  C’est celui d’appeler à mieux gérer la Cité, la nôtre et son amour emphatique pour celle-ci. C’est tout. Certains de ses pires ennemis le lui ont reconnu.

Ousmane Sonko, lorsqu’il garde le silence, fait beaucoup parler. Il fait piailler. Il fait parler radios et télévisions. Il fait marcher l’internet. Il fait vendre les journaux. Il fait payer des cachets aux pigistes ici ou là. Il fait rétribuer les vues sur la toile en faveur des uns et des autres, y compris en faveur de ceux qui n’ont toujours pas compris que la terre tourne et qu’ils sont désormais en zone non ensoleillée, ceux dont le métier et  le sport favori sont de l’insulter à longueur de journée… Il fait réfléchir. Il fait spéculer, par son silence. Et par son seul silence, il crée des prophètes vendeurs de chimère et de balivernes. Il fait insinuer, il fait parler de choses et d’autres ; de son silence.

Aussi, le verbe d’Ousmane Sonko produit-il les mêmes effets et beaucoup en perdent leur latin, s’ils ne perdent pas le nord, tout simplement. Les théoriciens du « Grand Remplacement » de l’Hexagone, racistes jusqu’à la moelle, deviennent  du jour au lendemain, des adeptes de la Civilisation de l’Universel dont parlait Léopold Sédar Senghor. Ils n’ont pas changé. Non, ils n’ont pas changé. C’est l’effet Ousmane ! Il aura parlé de la composition colorée de l’équipe de football de France. Jacques Chirac lui, parlait de « nos bruits et de nos odeurs. » Cela ne constitue pas un problème ni des propos racistes. Et que n’ont-ils pas dit sur ceux qui viennent d’ailleurs, Marine Le  Pen,  Éric Zemmour et Jordan Bardella, ces deux-là qui oublient qu’ils viennent d’ailleurs et ne sont devenus français que de par la démocratie et la Civilisation de l’Universel ?

Cela ne constitue pas non plus un problème ni des propos racistes, lorsque Barack Obama, ancien président des Etats-Unis d’Amérique dit, à propos de l’équipe de France de football vainqueur de la coupe du monde en 2018 : « Tous ces mecs qui ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois… mais ils sont français… »

Pour d’autres, enivrés d’égo, c’est l’intellect qui se meurt dans le dédale, en bonne compagnie avec la logique kafkaïenne de ces groupements d’intérêt économique (GIE), qu’on appelle « Société civile », par confusion ou par abus de langage…  

En somme, Ousmane Sonko fait générer des revenus comme le ferait n’importe quelle industrie lucrative. En cela, c’est un homme à la vie bien utile. Est-ce un crime ?

Cela peut faire l’objet de jalousie, l’on peut le comprendre. C’est une tare qui habite l’être humain depuis la nuit des temps. Cain n’a-t-il pas tué son frère Abel, par jalousie ? Mais rien ne justifie cette haine valétudinaire contre Ousmane Sonko !

Il faudrait en ultime rempart, contre la tombée du rameau d’olivier, laisser libre cours à  la démocratie dans sa version empreinte de courtoisie et de civilité. Non pas celle d’une foire d’empoigne ni de haine viscérale, que distillent les mauvais perdants à toute forme de suffrage, à qui mieux mieux.

Le seul garant de ce rempart, de l’avènement de cette saine et rationnelle opportunité,  demeure le Président de la République. Pourvu qu’il en prenne conscience !

 

Laisser un commentaire